[Partie 2/3]

« J’avais 19 ans quand la guerre a commencé à Sarajevo. Avec ma famille on a décidé : on va rester ensemble, et si on doit mourir, on va mourir ensemble. J’étais dans l’armée avec mon père et mon frère pendant 42 mois. La ville était encerclée, c’était le siège le plus long de l’histoire moderne. Je passais 2 jours sur la ligne de défense, dans les tranchées et les bunkers, et après j’avais 2 jours libres avec ma famille. J’étais pas marié, j’avais pas d’enfants, donc j’étais pas stressé, je pensais pas tout le temps : est ce que je vais mourir ? C’était pas du courage, peut-être j’étais naïf ou bête. Mais y’avait beaucoup d’hommes qui étaient stressés tout le long parce qu’ils avaient quelque chose à perdre.

Les attaques étaient courantes, mais sur les civils ils tiraient tout le temps, chaque jour. Depuis la ligne je voyais les chars qui tiraient depuis la montagne et les obus tomber dans la ville et je regardais si c’était près de chez moi. On était comme des poissons dans un petit bol : n’importe où tu tires, tu touches quelqu’un. Dans la rue tu voyais que des gens qui marchaient la tête baissée et qui se dépêchaient parce qu’ils pouvaient être tués. Si tu entendais le sifflement d’un obus, c’était qu’il allait exploser plus loin. L’obus qui te tue, tu l’entends pas. Il y avait une zone qui s’appelait l’allée de snipers. Beaucoup de gens devaient passer par là et chaque jour ils se faisaient tirer dessus. À la maison aussi on pouvait être tués ; un matin mon père regardait les combats au loin et y’a une balle qui l’a touché sur le flanc.

Un jour en mai 1992, beaucoup de gens attendaient devant une boulangerie à côté de chez moi. Ma mère m’avait demandé: « Est-ce que tu vas acheter le pain ? » Et j’ai dit : « Non, on n’a pas besoin ». Et après j’ai entendu un sifflement et une énorme explosion. Quand j’ai ouvert la fenêtre je voyais les gens entassés qui criaient de douleurs et de panique. C’était des civils, et y’avait aussi des Serbes ! Selon moi, les civils étaient leur cible préférée pour nous casser la volonté de se battre. Mais ça a seulement renforcé chez les gens la volonté de persister… »

Note: la guerre est un sujet très complexe et sensible. À ce titre, D. tenait à souligner qu’il ne prétend pas détenir toute la vérité ou être représentatif de ce qui s’est passé. Il souhaite simplement partager ce qu’il a vécu en espérant que cela inspirera d’autres personnes à s’intéresser à l’histoire de cette région.

Publié le: 2 novembre 2021
[Partie 2/3]

« J’avais 19 ans quand la guerre a commencé à Sarajevo. Avec ma famille on a décidé : on va rester ensemble, et si on doit mourir, on va mourir ensemble. J’étais dans l’armée avec mon père et mon frère pendant 42 mois. La ville était encerclée, c’était le siège le plus long de l’histoire moderne. Je passais 2 jours sur la ligne de défense, dans les tranchées et les bunkers, et après j’avais 2 jours libres avec ma famille. J’étais pas marié, j’avais pas d’enfants, donc j’étais pas stressé, je pensais pas tout le temps : est ce que je vais mourir ? C’était pas du courage, peut-être j’étais naïf ou bête. Mais y’avait beaucoup d’hommes qui étaient stressés tout le long parce qu’ils avaient quelque chose à perdre.

Les attaques étaient courantes, mais sur les civils ils tiraient tout le temps, chaque jour. Depuis la ligne je voyais les chars qui tiraient depuis la montagne et les obus tomber dans la ville et je regardais si c’était près de chez moi. On était comme des poissons dans un petit bol : n’importe où tu tires, tu touches quelqu’un. Dans la rue tu voyais que des gens qui marchaient la tête baissée et qui se dépêchaient parce qu’ils pouvaient être tués. Si tu entendais le sifflement d’un obus, c’était qu’il allait exploser plus loin. L’obus qui te tue, tu l’entends pas. Il y avait une zone qui s’appelait l’allée de snipers. Beaucoup de gens devaient passer par là et chaque jour ils se faisaient tirer dessus. À la maison aussi on pouvait être tués ; un matin mon père regardait les combats au loin et y’a une balle qui l’a touché sur le flanc.

Un jour en mai 1992, beaucoup de gens attendaient devant une boulangerie à côté de chez moi. Ma mère m’avait demandé: « Est-ce que tu vas acheter le pain ? » Et j’ai dit : « Non, on n’a pas besoin ». Et après j’ai entendu un sifflement et une énorme explosion. Quand j’ai ouvert la fenêtre je voyais les gens entassés qui criaient de douleurs et de panique. C’était des civils, et y’avait aussi des Serbes ! Selon moi, les civils étaient leur cible préférée pour nous casser la volonté de se battre. Mais ça a seulement renforcé chez les gens la volonté de persister… »

Note: la guerre est un sujet très complexe et sensible. À ce titre, D. tenait à souligner qu’il ne prétend pas détenir toute la vérité ou être représentatif de ce qui s’est passé. Il souhaite simplement partager ce qu’il a vécu en espérant que cela inspirera d’autres personnes à s’intéresser à l’histoire de cette région.

Publié le: 2 novembre 2021