Partie 1/2
« Mon père était un prince, le fils du roi de Bali Nyonga, la province du Nord-Ouest du Cameroun. Il avait 5 épouses et 16 enfants. On a grandi sur une grande propriété, sa maison était au milieu et les maisons de ses épouses et enfants étaient tout autour. Nous avions de très bonnes relations. Il nous a enseigné l’importance de l’unité et l’importance de prendre soin les uns des autres avec amour. Il était un mentor pour nous, et pour d’autres dans le village aussi, car il payait les frais de scolarité de nombreux enfants.
On avait une grande ferme où on cultivait le café, le palmier, le cola, et on avait aussi des animaux. Les enfants et les mères constituaient la plus grande partie de la main-d’œuvre défrichant, semant, récoltant, séchant les grains de café, etc. C’était notre responsabilité, et on le faisait sans se plaindre. On a grandi dans l’esprit qu’il faut toujours aider nos parents. À l’université, j’ai étudié la géologie et je suis devenu ingénieur pétrolier. J’ai travaillé pour le gouvernement camerounais pendant environ 10 ans. Je vivais dans la capitale, Yaoundé, avec ma femme et mes enfants. Les choses allaient bien pour moi. Mais en 2016, la guerre a commencé.
Ça a débuté par des manifestations pacifiques de la minorité anglophone. Le Cameroun est un pays bilingue divisé entre deux régions : la majorité francophone et la minorité anglophone. La majorité francophone avait le contrôle du gouvernement et ils étaient déterminés à nous assimiler en détruisant notre culture, notre système éducatif et judiciaire. Mais quand on est descendus dans la rue pour manifester pacifiquement, ils ont envoyé des militaires contre nous. Ils nous ont blessés et tués. Un de mes frères a été grièvement blessé par balle juste à côté de moi. Après ça, les jeunes se sont cachés dans la brousse et ont pris les armes. Et jusqu’à aujourd’hui, c’est une véritable guerre civile.
En 2018, je suis venu ici à Genève pour une conférence à l’ONU, dans le cadre de mon travail pour le ministère des Mines. À cette époque, la guerre était à son apogée. Tout le monde pouvait être suspect. À mon retour, la police m’a arrêté à l’aéroport. Ils m’ont mis dans une pièce et ont commencé à m’interroger en me demandant si j’avais voyagé pour acheter des armes pour les séparatistes. Je n’avais rien à voir avec la crise, mais ils m’ont bandé les yeux et m’ont embarqué dans un van. Je suis resté prisonnier pendant 11 mois incommunicado. Tu ne peux pas t’imaginer combien les prisons en Afrique sont horribles… On était traités de façon inhumaine.
On était nombreux dans une petite pièce sombre au sous-sol. Il n’y avait ni salle de bain ni toilette, seulement une petite fenêtre. Tout le monde ne pouvait pas s’allonger en même temps. Certains étaient debout pendant que d’autres se reposaient, et après un certain temps on échangeait de position. Il y avait aussi une salle de torture où ils m’emmenaient régulièrement. Ils m’attachaient les mains dans le dos et m’interrogeaient sur les personnes impliquées dans la rébellion. Ils faisaient couler de l’eau sur mon visage continuellement pour que ce soit difficile de respirer. Puis, ils frappaient sous mes pieds si fort avec un bâton que je ne pouvais plus marcher après pendant un long moment.
Mon frère, je te dis… C’était vraiment dur. La survie du plus fort. Certaines personnes s’effondraient et mouraient comme ça devant nous. Quand t’es dans une telle situation, tu commences à beaucoup réfléchir, à te mettre en colère. Mais tu t’épuises en faisant ça. Alors j’ai décidé : Ok, je ne vais penser à rien, ni à quand je serai libéré. J’ai décidé de ne pas avoir d’espoir et d’accepter tout ce qui arriverait. Je devais économiser mon énergie pour rester en vie. Parce que tout pouvait arriver à tout moment. Puis au bout d’un certain temps ils ont peut-être réalisé que j’étais innocent, et après 11 mois ils m’ont relâché.
Rapidement, j’ai contacté ma femme. Quand elle a entendu ma voix, elle est restée muette, sous le choc. Tout le monde pensait que j’étais mort. Elle pleurait, pleurait. Puis elle m’a dit qu’il y avait toujours un mandat d’arrêt contre moi et que la police continuait de me chercher. Là-bas, un policier peut prendre une décision sans informer son supérieur. J’avais rien pour prouver que j’avais été emprisonné pendant 11 mois. Elle a insisté pour que je m’enfuie du Cameroun. J’ai quand même pris le risque de passer la voir. Mais en arrivant, il y avait une fusillade entre les séparatistes et les militaires. Tout le monde s’était enfui dans la brousse. Alors, je me suis enfui au Nigeria. »
(Note: Faites défiler les photos en cliquant sur les flèches bleues ciel.)
(Quartier de l’Etang, Vernier)
Partie 2/2
« Au Nigeria, j’ai trouvé un passeur qui m’a aidé à venir à Genève. J’étais déjà venu plein de fois, mais cette fois-ci c’était différent. Je suis allé à la police et j’ai demandé une protection parce que je craignais pour ma vie. Et je l’ai obtenue. Mais au départ, c’était difficile. J’étais seul et traumatisé, je dormais pas et je faisais des cauchemars terribles. Le temps que j’ai passé en prison, toutes les tortures que j’ai subies, tout ça se rejouait dans ma tête. Là-bas, j’avais conditionné mon esprit à ne pas gaspiller d’énergie. Je savais que je n’étais plus en danger ici, mais j’ai commencé à ressentir la douleur de cet endroit et une grande colère.
Heureusement, les autorités suisses, les médecins et les travailleurs sociaux, m’ont apporté beaucoup de soutien. La psychiatre a réalisé que j’avais une très forte volonté et ne m’a pas prescrit de médicament. Mais elle m’a donné beaucoup d’exercices qui m’ont vraiment aidé. Quand je me sentais déprimé, je me levais et je tenais le mur avec mes mains, comme pour repousser les pensées. C’était magique ! Mais le pire c’est que j’avais perdu tout contact avec ma famille. Tout le monde s’était enfui dans la brousse à cause des attaques constantes. Et je pensais sans cesse à eux.
Pendant ce temps, j’ai créé un programme de recensement avec des amis pour lister les personnes disparues, mortes ou vivantes. Et pour quantifier les biens qui ont été détruits afin de garder une trace. Des gens allaient dans chaque village et entraient les informations dans la base de données. 8 ou 9 mois après mon arrivée à Genève, je parcourais la base de données et tout à coup j’ai réalisé : oh mais c’est le nom de ma femme là ! Je l’ai retrouvée comme ça, dans un petit village à des centaines de kilomètres du notre. Wow, c’était incroyable ! J’ai fait une demande de regroupement familial, et l’année dernière elle est arrivée à Genève avec mes deux filles.
J’ai rencontré beaucoup de gens formidables qui m’ont aidé ici. J’ai également rencontré des personnes qui ont vécu des expériences similaires et parfois pires. Entendre leur histoire m’a beaucoup soulagé et motivé. J’ai appris le français, je fais des stages et du bénévolat. Je suis même admis pour un Master en sciences de l’environnement en septembre. Mais pour l’instant, je dépends encore d’aides sociales, et tu ne peux pas être à l’aise avec quelque chose pour lequel tu n’as pas travaillé. Ce pays fait beaucoup pour aider les gens comme nous, et nous nous devons de ne pas rester les bras croisés. Donc mon objectif c’est de terminer mes études et de trouver un bon travail.
La chose qui me comble, c’est que mes enfants auront un bon avenir ici. Pour eux, c’est une maison parfaite. Mais moi je ne dirais pas que je me sens chez moi ici. Je suis à l’aise matériellement, mais ma tête ne l’est pas. J’ai encore beaucoup de membres de ma famille dispersés au Cameroun, qui se déplacent constamment à la recherche de sécurité. Plusieurs ont été tués, et chaque jour il y a une mauvaise nouvelle. Et l’insécurité est un gros problème. Il y a 2 mois, ma demi-sœur a été assassinée dans sa maison par un voisin parce qu’elle lui devait 100 francs. Tu vois comment sont les choses là-bas ! Je ne peux pas juste m’asseoir ici confortablement et me dire que je suis à la maison.
Donc je ne suis pas venu ici pour rester pour toujours. Regarde comme cet endroit est beau, regarde comme les maisons sont belles ! Avec ce niveau de confort, je pense que je risque de perdre ma créativité et de me dire : oh tout va bien, je peux me détendre. Mais qu’en est-il de mon propre pays ? Beaucoup de gens là-bas cherchent à s’établir en Europe. Mais mon objectif a toujours été de rester au pays et accompagner les investisseurs étrangers à créer des emplois chez nous. C’était vraiment mon rêve, de participer à construire mon pays. Je prie pour qu’un jour ce problème prenne fin, et que je puisse rentrer chez moi et réaliser ce rêve. »
Note : J’ai rencontré V. par hasard tandis que j’arpentais le Quartier de l’Etang à Vernier à la recherche d’histoires. Nous avons entamé une conversation sur le moment, et nous nous sommes retrouvés plus tard pour terminer notre échange. Cette fois-ci, il est arrivé paré d’une regalia traditionnelle, et il m’a dit : « Je veux que tu inclues ma tenue dans mon histoire, car elle est vraiment captivante. Si quelqu’un lit l’histoire, rien qu’en voyant ma regalia traditionnelle, il saura : oh, ce type vient de la région du Nord-Ouest du Cameroun ! »
(Quartier de l’Etang, Vernier)
Partie 1/2
« Mon père était un prince, le fils du roi de Bali Nyonga, la province du Nord-Ouest du Cameroun. Il avait 5 épouses et 16 enfants. On a grandi sur une grande propriété, sa maison était au milieu et les maisons de ses épouses et enfants étaient tout autour. Nous avions de très bonnes relations. Il nous a enseigné l’importance de l’unité et l’importance de prendre soin les uns des autres avec amour. Il était un mentor pour nous, et pour d’autres dans le village aussi, car il payait les frais de scolarité de nombreux enfants.
On avait une grande ferme où on cultivait le café, le palmier, le cola, et on avait aussi des animaux. Les enfants et les mères constituaient la plus grande partie de la main-d’œuvre défrichant, semant, récoltant, séchant les grains de café, etc. C’était notre responsabilité, et on le faisait sans se plaindre. On a grandi dans l’esprit qu’il faut toujours aider nos parents. À l’université, j’ai étudié la géologie et je suis devenu ingénieur pétrolier. J’ai travaillé pour le gouvernement camerounais pendant environ 10 ans. Je vivais dans la capitale, Yaoundé, avec ma femme et mes enfants. Les choses allaient bien pour moi. Mais en 2016, la guerre a commencé.
Ça a débuté par des manifestations pacifiques de la minorité anglophone. Le Cameroun est un pays bilingue divisé entre deux régions : la majorité francophone et la minorité anglophone. La majorité francophone avait le contrôle du gouvernement et ils étaient déterminés à nous assimiler en détruisant notre culture, notre système éducatif et judiciaire. Mais quand on est descendus dans la rue pour manifester pacifiquement, ils ont envoyé des militaires contre nous. Ils nous ont blessés et tués. Un de mes frères a été grièvement blessé par balle juste à côté de moi. Après ça, les jeunes se sont cachés dans la brousse et ont pris les armes. Et jusqu’à aujourd’hui, c’est une véritable guerre civile.
En 2018, je suis venu ici à Genève pour une conférence à l’ONU, dans le cadre de mon travail pour le ministère des Mines. À cette époque, la guerre était à son apogée. Tout le monde pouvait être suspect. À mon retour, la police m’a arrêté à l’aéroport. Ils m’ont mis dans une pièce et ont commencé à m’interroger en me demandant si j’avais voyagé pour acheter des armes pour les séparatistes. Je n’avais rien à voir avec la crise, mais ils m’ont bandé les yeux et m’ont embarqué dans un van. Je suis resté prisonnier pendant 11 mois incommunicado. Tu ne peux pas t’imaginer combien les prisons en Afrique sont horribles… On était traités de façon inhumaine.
On était nombreux dans une petite pièce sombre au sous-sol. Il n’y avait ni salle de bain ni toilette, seulement une petite fenêtre. Tout le monde ne pouvait pas s’allonger en même temps. Certains étaient debout pendant que d’autres se reposaient, et après un certain temps on échangeait de position. Il y avait aussi une salle de torture où ils m’emmenaient régulièrement. Ils m’attachaient les mains dans le dos et m’interrogeaient sur les personnes impliquées dans la rébellion. Ils faisaient couler de l’eau sur mon visage continuellement pour que ce soit difficile de respirer. Puis, ils frappaient sous mes pieds si fort avec un bâton que je ne pouvais plus marcher après pendant un long moment.
Mon frère, je te dis… C’était vraiment dur. La survie du plus fort. Certaines personnes s’effondraient et mouraient comme ça devant nous. Quand t’es dans une telle situation, tu commences à beaucoup réfléchir, à te mettre en colère. Mais tu t’épuises en faisant ça. Alors j’ai décidé : Ok, je ne vais penser à rien, ni à quand je serai libéré. J’ai décidé de ne pas avoir d’espoir et d’accepter tout ce qui arriverait. Je devais économiser mon énergie pour rester en vie. Parce que tout pouvait arriver à tout moment. Puis au bout d’un certain temps ils ont peut-être réalisé que j’étais innocent, et après 11 mois ils m’ont relâché.
Rapidement, j’ai contacté ma femme. Quand elle a entendu ma voix, elle est restée muette, sous le choc. Tout le monde pensait que j’étais mort. Elle pleurait, pleurait. Puis elle m’a dit qu’il y avait toujours un mandat d’arrêt contre moi et que la police continuait de me chercher. Là-bas, un policier peut prendre une décision sans informer son supérieur. J’avais rien pour prouver que j’avais été emprisonné pendant 11 mois. Elle a insisté pour que je m’enfuie du Cameroun. J’ai quand même pris le risque de passer la voir. Mais en arrivant, il y avait une fusillade entre les séparatistes et les militaires. Tout le monde s’était enfui dans la brousse. Alors, je me suis enfui au Nigeria. »
(Note: Faites défiler les photos en cliquant sur les flèches bleues ciel.)
(Quartier de l’Etang, Vernier)
Partie 2/2
« Au Nigeria, j’ai trouvé un passeur qui m’a aidé à venir à Genève. J’étais déjà venu plein de fois, mais cette fois-ci c’était différent. Je suis allé à la police et j’ai demandé une protection parce que je craignais pour ma vie. Et je l’ai obtenue. Mais au départ, c’était difficile. J’étais seul et traumatisé, je dormais pas et je faisais des cauchemars terribles. Le temps que j’ai passé en prison, toutes les tortures que j’ai subies, tout ça se rejouait dans ma tête. Là-bas, j’avais conditionné mon esprit à ne pas gaspiller d’énergie. Je savais que je n’étais plus en danger ici, mais j’ai commencé à ressentir la douleur de cet endroit et une grande colère.
Heureusement, les autorités suisses, les médecins et les travailleurs sociaux, m’ont apporté beaucoup de soutien. La psychiatre a réalisé que j’avais une très forte volonté et ne m’a pas prescrit de médicament. Mais elle m’a donné beaucoup d’exercices qui m’ont vraiment aidé. Quand je me sentais déprimé, je me levais et je tenais le mur avec mes mains, comme pour repousser les pensées. C’était magique ! Mais le pire c’est que j’avais perdu tout contact avec ma famille. Tout le monde s’était enfui dans la brousse à cause des attaques constantes. Et je pensais sans cesse à eux.
Pendant ce temps, j’ai créé un programme de recensement avec des amis pour lister les personnes disparues, mortes ou vivantes. Et pour quantifier les biens qui ont été détruits afin de garder une trace. Des gens allaient dans chaque village et entraient les informations dans la base de données. 8 ou 9 mois après mon arrivée à Genève, je parcourais la base de données et tout à coup j’ai réalisé : oh mais c’est le nom de ma femme là ! Je l’ai retrouvée comme ça, dans un petit village à des centaines de kilomètres du notre. Wow, c’était incroyable ! J’ai fait une demande de regroupement familial, et l’année dernière elle est arrivée à Genève avec mes deux filles.
J’ai rencontré beaucoup de gens formidables qui m’ont aidé ici. J’ai également rencontré des personnes qui ont vécu des expériences similaires et parfois pires. Entendre leur histoire m’a beaucoup soulagé et motivé. J’ai appris le français, je fais des stages et du bénévolat. Je suis même admis pour un Master en sciences de l’environnement en septembre. Mais pour l’instant, je dépends encore d’aides sociales, et tu ne peux pas être à l’aise avec quelque chose pour lequel tu n’as pas travaillé. Ce pays fait beaucoup pour aider les gens comme nous, et nous nous devons de ne pas rester les bras croisés. Donc mon objectif c’est de terminer mes études et de trouver un bon travail.
La chose qui me comble, c’est que mes enfants auront un bon avenir ici. Pour eux, c’est une maison parfaite. Mais moi je ne dirais pas que je me sens chez moi ici. Je suis à l’aise matériellement, mais ma tête ne l’est pas. J’ai encore beaucoup de membres de ma famille dispersés au Cameroun, qui se déplacent constamment à la recherche de sécurité. Plusieurs ont été tués, et chaque jour il y a une mauvaise nouvelle. Et l’insécurité est un gros problème. Il y a 2 mois, ma demi-sœur a été assassinée dans sa maison par un voisin parce qu’elle lui devait 100 francs. Tu vois comment sont les choses là-bas ! Je ne peux pas juste m’asseoir ici confortablement et me dire que je suis à la maison.
Donc je ne suis pas venu ici pour rester pour toujours. Regarde comme cet endroit est beau, regarde comme les maisons sont belles ! Avec ce niveau de confort, je pense que je risque de perdre ma créativité et de me dire : oh tout va bien, je peux me détendre. Mais qu’en est-il de mon propre pays ? Beaucoup de gens là-bas cherchent à s’établir en Europe. Mais mon objectif a toujours été de rester au pays et accompagner les investisseurs étrangers à créer des emplois chez nous. C’était vraiment mon rêve, de participer à construire mon pays. Je prie pour qu’un jour ce problème prenne fin, et que je puisse rentrer chez moi et réaliser ce rêve. »
Note : J’ai rencontré V. par hasard tandis que j’arpentais le Quartier de l’Etang à Vernier à la recherche d’histoires. Nous avons entamé une conversation sur le moment, et nous nous sommes retrouvés plus tard pour terminer notre échange. Cette fois-ci, il est arrivé paré d’une regalia traditionnelle, et il m’a dit : « Je veux que tu inclues ma tenue dans mon histoire, car elle est vraiment captivante. Si quelqu’un lit l’histoire, rien qu’en voyant ma regalia traditionnelle, il saura : oh, ce type vient de la région du Nord-Ouest du Cameroun ! »
(Quartier de l’Etang, Vernier)
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Partie 1/2
« Mon père était un prince, le fils du roi de Bali Nyonga, la province du Nord-Ouest du Cameroun. Il avait 5 épouses et 16 enfants. On a grandi sur une grande propriété, sa maison était au milieu et les maisons de ses épouses et enfants étaient tout autour. Nous avions de très bonnes relations. Il nous a enseigné l’importance de l’unité et l’importance de prendre soin les uns des autres avec amour. Il était un mentor pour nous, et pour d’autres dans le village aussi, car il payait les frais de scolarité de nombreux enfants.
On avait une grande ferme où on cultivait le café, le palmier, le cola, et on avait aussi des animaux. Les enfants et les mères constituaient la plus grande partie de la main-d’œuvre défrichant, semant, récoltant, séchant les grains de café, etc. C’était notre responsabilité, et on le faisait sans se plaindre. On a grandi dans l’esprit qu’il faut toujours aider nos parents. À l’université, j’ai étudié la géologie et je suis devenu ingénieur pétrolier. J’ai travaillé pour le gouvernement camerounais pendant environ 10 ans. Je vivais dans la capitale, Yaoundé, avec ma femme et mes enfants. Les choses allaient bien pour moi. Mais en 2016, la guerre a commencé.
Ça a débuté par des manifestations pacifiques de la minorité anglophone. Le Cameroun est un pays bilingue divisé entre deux régions : la majorité francophone et la minorité anglophone. La majorité francophone avait le contrôle du gouvernement et ils étaient déterminés à nous assimiler en détruisant notre culture, notre système éducatif et judiciaire. Mais quand on est descendus dans la rue pour manifester pacifiquement, ils ont envoyé des militaires contre nous. Ils nous ont blessés et tués. Un de mes frères a été grièvement blessé par balle juste à côté de moi. Après ça, les jeunes se sont cachés dans la brousse et ont pris les armes. Et jusqu’à aujourd’hui, c’est une véritable guerre civile.
En 2018, je suis venu ici à Genève pour une conférence à l’ONU, dans le cadre de mon travail pour le ministère des Mines. À cette époque, la guerre était à son apogée. Tout le monde pouvait être suspect. À mon retour, la police m’a arrêté à l’aéroport. Ils m’ont mis dans une pièce et ont commencé à m’interroger en me demandant si j’avais voyagé pour acheter des armes pour les séparatistes. Je n’avais rien à voir avec la crise, mais ils m’ont bandé les yeux et m’ont embarqué dans un van. Je suis resté prisonnier pendant 11 mois incommunicado. Tu ne peux pas t’imaginer combien les prisons en Afrique sont horribles… On était traités de façon inhumaine.
On était nombreux dans une petite pièce sombre au sous-sol. Il n’y avait ni salle de bain ni toilette, seulement une petite fenêtre. Tout le monde ne pouvait pas s’allonger en même temps. Certains étaient debout pendant que d’autres se reposaient, et après un certain temps on échangeait de position. Il y avait aussi une salle de torture où ils m’emmenaient régulièrement. Ils m’attachaient les mains dans le dos et m’interrogeaient sur les personnes impliquées dans la rébellion. Ils faisaient couler de l’eau sur mon visage continuellement pour que ce soit difficile de respirer. Puis, ils frappaient sous mes pieds si fort avec un bâton que je ne pouvais plus marcher après pendant un long moment.
Mon frère, je te dis… C’était vraiment dur. La survie du plus fort. Certaines personnes s’effondraient et mouraient comme ça devant nous. Quand t’es dans une telle situation, tu commences à beaucoup réfléchir, à te mettre en colère. Mais tu t’épuises en faisant ça. Alors j’ai décidé : Ok, je ne vais penser à rien, ni à quand je serai libéré. J’ai décidé de ne pas avoir d’espoir et d’accepter tout ce qui arriverait. Je devais économiser mon énergie pour rester en vie. Parce que tout pouvait arriver à tout moment. Puis au bout d’un certain temps ils ont peut-être réalisé que j’étais innocent, et après 11 mois ils m’ont relâché.
Rapidement, j’ai contacté ma femme. Quand elle a entendu ma voix, elle est restée muette, sous le choc. Tout le monde pensait que j’étais mort. Elle pleurait, pleurait. Puis elle m’a dit qu’il y avait toujours un mandat d’arrêt contre moi et que la police continuait de me chercher. Là-bas, un policier peut prendre une décision sans informer son supérieur. J’avais rien pour prouver que j’avais été emprisonné pendant 11 mois. Elle a insisté pour que je m’enfuie du Cameroun. J’ai quand même pris le risque de passer la voir. Mais en arrivant, il y avait une fusillade entre les séparatistes et les militaires. Tout le monde s’était enfui dans la brousse. Alors, je me suis enfui au Nigeria. »
(Note: Faites défiler les photos en cliquant sur les flèches bleues ciel.)
(Quartier de l’Etang, Vernier)
Partie 2/2
« Au Nigeria, j’ai trouvé un passeur qui m’a aidé à venir à Genève. J’étais déjà venu plein de fois, mais cette fois-ci c’était différent. Je suis allé à la police et j’ai demandé une protection parce que je craignais pour ma vie. Et je l’ai obtenue. Mais au départ, c’était difficile. J’étais seul et traumatisé, je dormais pas et je faisais des cauchemars terribles. Le temps que j’ai passé en prison, toutes les tortures que j’ai subies, tout ça se rejouait dans ma tête. Là-bas, j’avais conditionné mon esprit à ne pas gaspiller d’énergie. Je savais que je n’étais plus en danger ici, mais j’ai commencé à ressentir la douleur de cet endroit et une grande colère.
Heureusement, les autorités suisses, les médecins et les travailleurs sociaux, m’ont apporté beaucoup de soutien. La psychiatre a réalisé que j’avais une très forte volonté et ne m’a pas prescrit de médicament. Mais elle m’a donné beaucoup d’exercices qui m’ont vraiment aidé. Quand je me sentais déprimé, je me levais et je tenais le mur avec mes mains, comme pour repousser les pensées. C’était magique ! Mais le pire c’est que j’avais perdu tout contact avec ma famille. Tout le monde s’était enfui dans la brousse à cause des attaques constantes. Et je pensais sans cesse à eux.
Pendant ce temps, j’ai créé un programme de recensement avec des amis pour lister les personnes disparues, mortes ou vivantes. Et pour quantifier les biens qui ont été détruits afin de garder une trace. Des gens allaient dans chaque village et entraient les informations dans la base de données. 8 ou 9 mois après mon arrivée à Genève, je parcourais la base de données et tout à coup j’ai réalisé : oh mais c’est le nom de ma femme là ! Je l’ai retrouvée comme ça, dans un petit village à des centaines de kilomètres du notre. Wow, c’était incroyable ! J’ai fait une demande de regroupement familial, et l’année dernière elle est arrivée à Genève avec mes deux filles.
J’ai rencontré beaucoup de gens formidables qui m’ont aidé ici. J’ai également rencontré des personnes qui ont vécu des expériences similaires et parfois pires. Entendre leur histoire m’a beaucoup soulagé et motivé. J’ai appris le français, je fais des stages et du bénévolat. Je suis même admis pour un Master en sciences de l’environnement en septembre. Mais pour l’instant, je dépends encore d’aides sociales, et tu ne peux pas être à l’aise avec quelque chose pour lequel tu n’as pas travaillé. Ce pays fait beaucoup pour aider les gens comme nous, et nous nous devons de ne pas rester les bras croisés. Donc mon objectif c’est de terminer mes études et de trouver un bon travail.
La chose qui me comble, c’est que mes enfants auront un bon avenir ici. Pour eux, c’est une maison parfaite. Mais moi je ne dirais pas que je me sens chez moi ici. Je suis à l’aise matériellement, mais ma tête ne l’est pas. J’ai encore beaucoup de membres de ma famille dispersés au Cameroun, qui se déplacent constamment à la recherche de sécurité. Plusieurs ont été tués, et chaque jour il y a une mauvaise nouvelle. Et l’insécurité est un gros problème. Il y a 2 mois, ma demi-sœur a été assassinée dans sa maison par un voisin parce qu’elle lui devait 100 francs. Tu vois comment sont les choses là-bas ! Je ne peux pas juste m’asseoir ici confortablement et me dire que je suis à la maison.
Donc je ne suis pas venu ici pour rester pour toujours. Regarde comme cet endroit est beau, regarde comme les maisons sont belles ! Avec ce niveau de confort, je pense que je risque de perdre ma créativité et de me dire : oh tout va bien, je peux me détendre. Mais qu’en est-il de mon propre pays ? Beaucoup de gens là-bas cherchent à s’établir en Europe. Mais mon objectif a toujours été de rester au pays et accompagner les investisseurs étrangers à créer des emplois chez nous. C’était vraiment mon rêve, de participer à construire mon pays. Je prie pour qu’un jour ce problème prenne fin, et que je puisse rentrer chez moi et réaliser ce rêve. »
Note : J’ai rencontré V. par hasard tandis que j’arpentais le Quartier de l’Etang à Vernier à la recherche d’histoires. Nous avons entamé une conversation sur le moment, et nous nous sommes retrouvés plus tard pour terminer notre échange. Cette fois-ci, il est arrivé paré d’une regalia traditionnelle, et il m’a dit : « Je veux que tu inclues ma tenue dans mon histoire, car elle est vraiment captivante. Si quelqu’un lit l’histoire, rien qu’en voyant ma regalia traditionnelle, il saura : oh, ce type vient de la région du Nord-Ouest du Cameroun ! »
(Quartier de l’Etang, Vernier)
Partie 1/2
« Mon père était un prince, le fils du roi de Bali Nyonga, la province du Nord-Ouest du Cameroun. Il avait 5 épouses et 16 enfants. On a grandi sur une grande propriété, sa maison était au milieu et les maisons de ses épouses et enfants étaient tout autour. Nous avions de très bonnes relations. Il nous a enseigné l’importance de l’unité et l’importance de prendre soin les uns des autres avec amour. Il était un mentor pour nous, et pour d’autres dans le village aussi, car il payait les frais de scolarité de nombreux enfants.
On avait une grande ferme où on cultivait le café, le palmier, le cola, et on avait aussi des animaux. Les enfants et les mères constituaient la plus grande partie de la main-d’œuvre défrichant, semant, récoltant, séchant les grains de café, etc. C’était notre responsabilité, et on le faisait sans se plaindre. On a grandi dans l’esprit qu’il faut toujours aider nos parents. À l’université, j’ai étudié la géologie et je suis devenu ingénieur pétrolier. J’ai travaillé pour le gouvernement camerounais pendant environ 10 ans. Je vivais dans la capitale, Yaoundé, avec ma femme et mes enfants. Les choses allaient bien pour moi. Mais en 2016, la guerre a commencé.
Ça a débuté par des manifestations pacifiques de la minorité anglophone. Le Cameroun est un pays bilingue divisé entre deux régions : la majorité francophone et la minorité anglophone. La majorité francophone avait le contrôle du gouvernement et ils étaient déterminés à nous assimiler en détruisant notre culture, notre système éducatif et judiciaire. Mais quand on est descendus dans la rue pour manifester pacifiquement, ils ont envoyé des militaires contre nous. Ils nous ont blessés et tués. Un de mes frères a été grièvement blessé par balle juste à côté de moi. Après ça, les jeunes se sont cachés dans la brousse et ont pris les armes. Et jusqu’à aujourd’hui, c’est une véritable guerre civile.
En 2018, je suis venu ici à Genève pour une conférence à l’ONU, dans le cadre de mon travail pour le ministère des Mines. À cette époque, la guerre était à son apogée. Tout le monde pouvait être suspect. À mon retour, la police m’a arrêté à l’aéroport. Ils m’ont mis dans une pièce et ont commencé à m’interroger en me demandant si j’avais voyagé pour acheter des armes pour les séparatistes. Je n’avais rien à voir avec la crise, mais ils m’ont bandé les yeux et m’ont embarqué dans un van. Je suis resté prisonnier pendant 11 mois incommunicado. Tu ne peux pas t’imaginer combien les prisons en Afrique sont horribles… On était traités de façon inhumaine.
On était nombreux dans une petite pièce sombre au sous-sol. Il n’y avait ni salle de bain ni toilette, seulement une petite fenêtre. Tout le monde ne pouvait pas s’allonger en même temps. Certains étaient debout pendant que d’autres se reposaient, et après un certain temps on échangeait de position. Il y avait aussi une salle de torture où ils m’emmenaient régulièrement. Ils m’attachaient les mains dans le dos et m’interrogeaient sur les personnes impliquées dans la rébellion. Ils faisaient couler de l’eau sur mon visage continuellement pour que ce soit difficile de respirer. Puis, ils frappaient sous mes pieds si fort avec un bâton que je ne pouvais plus marcher après pendant un long moment.
Mon frère, je te dis… C’était vraiment dur. La survie du plus fort. Certaines personnes s’effondraient et mouraient comme ça devant nous. Quand t’es dans une telle situation, tu commences à beaucoup réfléchir, à te mettre en colère. Mais tu t’épuises en faisant ça. Alors j’ai décidé : Ok, je ne vais penser à rien, ni à quand je serai libéré. J’ai décidé de ne pas avoir d’espoir et d’accepter tout ce qui arriverait. Je devais économiser mon énergie pour rester en vie. Parce que tout pouvait arriver à tout moment. Puis au bout d’un certain temps ils ont peut-être réalisé que j’étais innocent, et après 11 mois ils m’ont relâché.
Rapidement, j’ai contacté ma femme. Quand elle a entendu ma voix, elle est restée muette, sous le choc. Tout le monde pensait que j’étais mort. Elle pleurait, pleurait. Puis elle m’a dit qu’il y avait toujours un mandat d’arrêt contre moi et que la police continuait de me chercher. Là-bas, un policier peut prendre une décision sans informer son supérieur. J’avais rien pour prouver que j’avais été emprisonné pendant 11 mois. Elle a insisté pour que je m’enfuie du Cameroun. J’ai quand même pris le risque de passer la voir. Mais en arrivant, il y avait une fusillade entre les séparatistes et les militaires. Tout le monde s’était enfui dans la brousse. Alors, je me suis enfui au Nigeria. »
(Note: Faites défiler les photos en cliquant sur les flèches bleues ciel.)
(Quartier de l’Etang, Vernier)
Partie 2/2
« Au Nigeria, j’ai trouvé un passeur qui m’a aidé à venir à Genève. J’étais déjà venu plein de fois, mais cette fois-ci c’était différent. Je suis allé à la police et j’ai demandé une protection parce que je craignais pour ma vie. Et je l’ai obtenue. Mais au départ, c’était difficile. J’étais seul et traumatisé, je dormais pas et je faisais des cauchemars terribles. Le temps que j’ai passé en prison, toutes les tortures que j’ai subies, tout ça se rejouait dans ma tête. Là-bas, j’avais conditionné mon esprit à ne pas gaspiller d’énergie. Je savais que je n’étais plus en danger ici, mais j’ai commencé à ressentir la douleur de cet endroit et une grande colère.
Heureusement, les autorités suisses, les médecins et les travailleurs sociaux, m’ont apporté beaucoup de soutien. La psychiatre a réalisé que j’avais une très forte volonté et ne m’a pas prescrit de médicament. Mais elle m’a donné beaucoup d’exercices qui m’ont vraiment aidé. Quand je me sentais déprimé, je me levais et je tenais le mur avec mes mains, comme pour repousser les pensées. C’était magique ! Mais le pire c’est que j’avais perdu tout contact avec ma famille. Tout le monde s’était enfui dans la brousse à cause des attaques constantes. Et je pensais sans cesse à eux.
Pendant ce temps, j’ai créé un programme de recensement avec des amis pour lister les personnes disparues, mortes ou vivantes. Et pour quantifier les biens qui ont été détruits afin de garder une trace. Des gens allaient dans chaque village et entraient les informations dans la base de données. 8 ou 9 mois après mon arrivée à Genève, je parcourais la base de données et tout à coup j’ai réalisé : oh mais c’est le nom de ma femme là ! Je l’ai retrouvée comme ça, dans un petit village à des centaines de kilomètres du notre. Wow, c’était incroyable ! J’ai fait une demande de regroupement familial, et l’année dernière elle est arrivée à Genève avec mes deux filles.
J’ai rencontré beaucoup de gens formidables qui m’ont aidé ici. J’ai également rencontré des personnes qui ont vécu des expériences similaires et parfois pires. Entendre leur histoire m’a beaucoup soulagé et motivé. J’ai appris le français, je fais des stages et du bénévolat. Je suis même admis pour un Master en sciences de l’environnement en septembre. Mais pour l’instant, je dépends encore d’aides sociales, et tu ne peux pas être à l’aise avec quelque chose pour lequel tu n’as pas travaillé. Ce pays fait beaucoup pour aider les gens comme nous, et nous nous devons de ne pas rester les bras croisés. Donc mon objectif c’est de terminer mes études et de trouver un bon travail.
La chose qui me comble, c’est que mes enfants auront un bon avenir ici. Pour eux, c’est une maison parfaite. Mais moi je ne dirais pas que je me sens chez moi ici. Je suis à l’aise matériellement, mais ma tête ne l’est pas. J’ai encore beaucoup de membres de ma famille dispersés au Cameroun, qui se déplacent constamment à la recherche de sécurité. Plusieurs ont été tués, et chaque jour il y a une mauvaise nouvelle. Et l’insécurité est un gros problème. Il y a 2 mois, ma demi-sœur a été assassinée dans sa maison par un voisin parce qu’elle lui devait 100 francs. Tu vois comment sont les choses là-bas ! Je ne peux pas juste m’asseoir ici confortablement et me dire que je suis à la maison.
Donc je ne suis pas venu ici pour rester pour toujours. Regarde comme cet endroit est beau, regarde comme les maisons sont belles ! Avec ce niveau de confort, je pense que je risque de perdre ma créativité et de me dire : oh tout va bien, je peux me détendre. Mais qu’en est-il de mon propre pays ? Beaucoup de gens là-bas cherchent à s’établir en Europe. Mais mon objectif a toujours été de rester au pays et accompagner les investisseurs étrangers à créer des emplois chez nous. C’était vraiment mon rêve, de participer à construire mon pays. Je prie pour qu’un jour ce problème prenne fin, et que je puisse rentrer chez moi et réaliser ce rêve. »
Note : J’ai rencontré V. par hasard tandis que j’arpentais le Quartier de l’Etang à Vernier à la recherche d’histoires. Nous avons entamé une conversation sur le moment, et nous nous sommes retrouvés plus tard pour terminer notre échange. Cette fois-ci, il est arrivé paré d’une regalia traditionnelle, et il m’a dit : « Je veux que tu inclues ma tenue dans mon histoire, car elle est vraiment captivante. Si quelqu’un lit l’histoire, rien qu’en voyant ma regalia traditionnelle, il saura : oh, ce type vient de la région du Nord-Ouest du Cameroun ! »
(Quartier de l’Etang, Vernier)