« Je me suis engagée très tôt dans un parti politique. À 18 ans je faisais déjà ma première campagne, et quelques années plus tard j’ai été la plus jeune sénatrice de l’histoire de mon pays. Ça m’apporte vraiment de la satisfaction de voir que je peux faire avancer certaines choses. Mais l’impact sur la vie de famille est très grand et je dois faire gaffe à ne pas transgresser la personne que je suis. Je suis maman de deux enfants, et dans ma tête c’est clair : d’abord la famille, après le boulot. Mais dans les faits… Je ne suis pas beaucoup là.
En politique, en plus de mes responsabilités de base, j’ai plein de réunions les soirs et d’événements les weekends. Je suis en galère d’organisation constante ! J’arrive seulement un ou deux jours par semaine à manger avec mes enfants. Et quand je suis au téléphone alors que mes enfants sont devant moi, ou que je leur donne le bain et qu’en même temps je réponds à des mails, là, je transgresse très fort qui je suis. Même ma fille de deux ans me dit souvent : « Maman ! Pas travail ce soir ! » Le message est clair…
Le sentiment de culpabilité est hyper présent. Mais la culpabilité est aussi dans l’autre sens, au boulot. Quand j’arrive en retard parce que j’ai conduit mes enfants à l’école ou que je pars plus tôt pour assister à une réunion de l’école. Ou vis à vis de mes collègues qui ont un mode de vie vraiment différent du mien, souvent sans enfants, et qui ont le temps de plus produire que moi en journée. Et ça me pousse parfois à me remettre à bosser une fois que tout le monde dort à la maison. Donc j’ai longtemps eu cette impression de pas être à la hauteur, de pas être à la fois la mère et la travailleuse qu’on voudrait que je sois.
Mon mari est d’un énorme soutien, mais je crois qu’il en a un peu marre. On a fait le point récemment, et on a constaté qu’il s’occupait des enfants 75% du temps. Il dit que ça devrait être 50-50 mais j’essaye de négocier pour que ce soit 60-40%… C’est ridicule, quoi! Mais c’est aussi parce que j’ai besoin de plus que juste ma vie de famille. À la maison je suis d’abord une maman, alors que le boulot c’est mon univers à moi. Et là, je suis d’abord une femme, pleine de projets et d’ambitions, et parfois aussi avec une confiance plus forte. Au boulot, j’ai le sentiment de pouvoir tester d’autres facettes de ma personnalité, de tester mes limites.
Par exemple, depuis que je suis petite j’essaie tout le temps de réconcilier tout le monde autour de moi. À tel point que je finis par m’épuiser. C’est un fléau, je supporte pas le conflit. Et ça, c’est un défaut en politique. Et c’est vrai, en politique, y’a rien à faire, à un moment tu dois être frontale. Quand tu te bats pour un projet, il faut avoir le dernier mot et quand on doit attribuer des postes ça peut aussi être violent. Pour survivre dans ce monde, j’ai dû me rôder à être plus sévère, à asseoir mon autorité quand c’est nécessaire. Et quand ça fonctionne, ça me procure un sentiment d’épanouissement.
Et si je suis à cette fonction, c’est en grande partie pour militer pour les droits des femmes. C’est un de mes plus grands combats au boulot. C’est pas un scoop de dire qu’il y a beaucoup de sexisme en politique. Peu importe gauche ou droite, on a toutes traversé les mêmes choses. Je me rappelle au début de ma carrière de cet élu qui a tenu des propos hyper sexuels sur moi en pleine réunion. Ça a fait rire tout le monde. Et ça a continué comme ça chaque semaine ! C’était y’a 10 ans et j’ai jamais oublié. Et à partir d’un moment j’ai compris ; quand je renvoie la balle avec force, ça les calme tout de suite. À la base j’ai pas du tout un caractère comme ça, mais j’ai appris à me renforcer.
Il y’a un an et demi j’ai quand même fini par faire un burnout. On m’a donné 3 semaines de certificat médical. J’en ai pris seulement deux. Je sais… C’est pas du tout assez. Mais cette fois je me suis demandé : bon, est-ce que tu arrêtes la politique complètement ? Au final j’ai décidé de continuer et de me représenter aux élections. Mais cette fois j’ai décidé de laisser tomber la culpabilité. Tant pis si j’arrive pas à répondre aux attentes des uns et des autres. Si j’arrive pas à être la mère et la collègue parfaite. J’avance comme je peux. Et depuis que j’ai pris cette décision, tout me semble plus simple, au boulot et à la maison ! »
(Jardin Anglais)
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« Je me suis engagée très tôt dans un parti politique. À 18 ans je faisais déjà ma première campagne, et quelques années plus tard j’ai été la plus jeune sénatrice de l’histoire de mon pays. Ça m’apporte vraiment de la satisfaction de voir que je peux faire avancer certaines choses. Mais l’impact sur la vie de famille est très grand et je dois faire gaffe à ne pas transgresser la personne que je suis. Je suis maman de deux enfants, et dans ma tête c’est clair : d’abord la famille, après le boulot. Mais dans les faits… Je ne suis pas beaucoup là.
En politique, en plus de mes responsabilités de base, j’ai plein de réunions les soirs et d’événements les weekends. Je suis en galère d’organisation constante ! J’arrive seulement un ou deux jours par semaine à manger avec mes enfants. Et quand je suis au téléphone alors que mes enfants sont devant moi, ou que je leur donne le bain et qu’en même temps je réponds à des mails, là, je transgresse très fort qui je suis. Même ma fille de deux ans me dit souvent : « Maman ! Pas travail ce soir ! » Le message est clair…
Le sentiment de culpabilité est hyper présent. Mais la culpabilité est aussi dans l’autre sens, au boulot. Quand j’arrive en retard parce que j’ai conduit mes enfants à l’école ou que je pars plus tôt pour assister à une réunion de l’école. Ou vis à vis de mes collègues qui ont un mode de vie vraiment différent du mien, souvent sans enfants, et qui ont le temps de plus produire que moi en journée. Et ça me pousse parfois à me remettre à bosser une fois que tout le monde dort à la maison. Donc j’ai longtemps eu cette impression de pas être à la hauteur, de pas être à la fois la mère et la travailleuse qu’on voudrait que je sois.
Mon mari est d’un énorme soutien, mais je crois qu’il en a un peu marre. On a fait le point récemment, et on a constaté qu’il s’occupait des enfants 75% du temps. Il dit que ça devrait être 50-50 mais j’essaye de négocier pour que ce soit 60-40%… C’est ridicule, quoi! Mais c’est aussi parce que j’ai besoin de plus que juste ma vie de famille. À la maison je suis d’abord une maman, alors que le boulot c’est mon univers à moi. Et là, je suis d’abord une femme, pleine de projets et d’ambitions, et parfois aussi avec une confiance plus forte. Au boulot, j’ai le sentiment de pouvoir tester d’autres facettes de ma personnalité, de tester mes limites.
Par exemple, depuis que je suis petite j’essaie tout le temps de réconcilier tout le monde autour de moi. À tel point que je finis par m’épuiser. C’est un fléau, je supporte pas le conflit. Et ça, c’est un défaut en politique. Et c’est vrai, en politique, y’a rien à faire, à un moment tu dois être frontale. Quand tu te bats pour un projet, il faut avoir le dernier mot et quand on doit attribuer des postes ça peut aussi être violent. Pour survivre dans ce monde, j’ai dû me rôder à être plus sévère, à asseoir mon autorité quand c’est nécessaire. Et quand ça fonctionne, ça me procure un sentiment d’épanouissement.
Et si je suis à cette fonction, c’est en grande partie pour militer pour les droits des femmes. C’est un de mes plus grands combats au boulot. C’est pas un scoop de dire qu’il y a beaucoup de sexisme en politique. Peu importe gauche ou droite, on a toutes traversé les mêmes choses. Je me rappelle au début de ma carrière de cet élu qui a tenu des propos hyper sexuels sur moi en pleine réunion. Ça a fait rire tout le monde. Et ça a continué comme ça chaque semaine ! C’était y’a 10 ans et j’ai jamais oublié. Et à partir d’un moment j’ai compris ; quand je renvoie la balle avec force, ça les calme tout de suite. À la base j’ai pas du tout un caractère comme ça, mais j’ai appris à me renforcer.
Il y’a un an et demi j’ai quand même fini par faire un burnout. On m’a donné 3 semaines de certificat médical. J’en ai pris seulement deux. Je sais… C’est pas du tout assez. Mais cette fois je me suis demandé : bon, est-ce que tu arrêtes la politique complètement ? Au final j’ai décidé de continuer et de me représenter aux élections. Mais cette fois j’ai décidé de laisser tomber la culpabilité. Tant pis si j’arrive pas à répondre aux attentes des uns et des autres. Si j’arrive pas à être la mère et la collègue parfaite. J’avance comme je peux. Et depuis que j’ai pris cette décision, tout me semble plus simple, au boulot et à la maison ! »
(Jardin Anglais)