« On habitait à 20 dans la même maison avec mes deux oncles et leur famille. On était tellement nombreux qu’on devait faire trois tables pour manger ! J’étais la plus jeune et j’étais très gâtée. Ils disaient oui à tout ce que je demandais, je n’avais aucune limite. À 12 ans, j’ai même décidé d’arrêter l’école, et mes parents ont accepté. À la place, je m’occupais de tout à la maison. Des petites choses aux grandes choses. J’étais la plus jeune en âge, mais la plus grande en responsabilité. J’étais comme la petite mère pour toute la famille. Ma famille demandait mon avis pour tout, et tout le monde écoutait ce que je disais. Et dans le village aussi. J’avais le pouvoir de la parole.

J’étais très proche de ma mère, on était toujours ensemble. Beaucoup d’hommes ont demandé ma main mais j’ai toujours refusé parce que je voulais rester pour bien m’occuper d’elle. Puis en 2000 elle est décédée. On est restés dans la maison avec mes frères et soeurs qui n’étaient pas encore mariés. J’ai continué à bien m’occuper de tout le monde, tellement bien qu’ils n’ont pas remarqué qu’il y avait un vide. Mais moi j’étais déprimée pendant toute une année. Depuis son décès, tout le Maroc était devenu noir pour moi. Alors j’ai voulu partir dans un autre pays. Je n’avais aucun objectif, je voulais juste partir.

Pendant 9 ans j’ai fait plein de démarches mais je n’ai jamais réussi à obtenir de visa. Puis il m’a demandé en mariage. Il avait tout ce que j’aimais pas chez une personne. Il insultait les gens, il disait beaucoup “moi, moi, moi”. Et moi je suis déjà quelqu’un qui dit souvent “moi, moi, moi” (rires) ! Mais j’ai fermé ma bouche. Après le mariage, on est restés 15 jours au Maroc et tout s’est bien passé. Les rapports sexuels aussi. Quelques moi après, je suis arrivée à Genève et c’était Ramadan. On n’a eu aucun rapport jusqu’au dernier jour. Et depuis ce jour d’été 2009 jusqu’à aujourd’hui, on n’a plus jamais rien fait.

On est allés voir des médecins et ils ont trouvé un problème dans son cervelet. Heureusement, ça pouvait être guéri avec une opération. Mais quand le médecin parlait de la zone intime il disait, « Non, ça c’est à cause d’un mauvais sort! » Et il refusait l’opération. Par la suite, j’ai appris qu’il avait été marié au moins 5 fois, et il pensait que ces femmes lui avaient jeté un sort qui l’empêchait d’avoir des rapports. Il m’a demandé ce je voulais faire. Je lui ai dit : ça c’est une maladie, on s’est mariés devant Dieu, donc je ne peux pas t’abandonner. La maladie c’est Allah qui décide. Mais lui il ne l’a pas acceptée. 

Il a commencé à gaspiller son argent avec toutes sortes de guérisseurs. On partait en vacances en Espagne et en France spécialement pour les voir. Au Maroc on les a tous vus, je n’arriverais même pas à compter combien. Puis il a commencé à emprunter de l’argent, et j’ai même dû vendre mes bijoux. À cette époque, je ne faisais rien de mes journées. J’avais seulement le droit de téléphoner à ma famille proche, et je ne pouvais pas parler de tout. Ils ne savaient rien, et je n’avais aucun ami ici. Il ne me laissait jamais sortir seule, même pour jeter la poubelle. Si je disais bonjour à une voisine, il disait : “Pourquoi tu dis bonjour ? Fais attention, il faut pas aller chez elle !”.

C’était comme ça pendant 12 ans. J’en avais marre de cette vie. Et il m’avait effrayée de tout ce qu’il y avait dehors. Avec le temps, il m’a ajoutée aux autres femmes en disant que moi aussi je lui avais jeté un sort. Chez nous les musulmans, le mari peut divorcer en disant 3 fois le mot talaq. Mais après on est divorcés devant Dieu et c’est fini. L’été dernier pendant une dispute il m’a dit talaq une 3ème fois. Après il a dit qu’il était en colère et qu’il regrettait. S’il n’avait pas divorcé, j’aurais continué dans ce quotidien jusqu’à ma mort. Mais pour moi c’était fini. Et depuis, il ne fait que m’insulter, jour et nuit. Même quand il prie il continue de m’insulter.

Peu de temps après, j’ai raconté mon histoire pour la première fois en 12 ans à une infirmière et ça m’a fait beaucoup de bien. Ensuite j’ai eu l’aide de l’APDH et d’un avocat pour faire les démarches de séparation. Au début j’avais peur, je me posais beaucoup de questions. Et si je perds tout ? Et si je suis à la rue ? Heureusement, il y a quelques jours j’ai appris que j’allais garder l’appartement. J’ai commencé à pleurer… Quand il l’a su, il m’a dit : “Toi la femme qui n’a pas fait d’études, qui ne sait pas parler français et t’es arrivée à faire tout ça !”  C’est la force de la volonté qui me permet d’avancer.

Depuis, je suis super motivée pour apprendre le français et trouver un travail. J’ai commencé à sortir, à parler avec tout le monde. J’ai même besoin d’un agenda pour organiser tous mes rendez-vous (rires) ! Avant j’étais toujours pressée, je faisais les courses et je rentrais. Maintenant je prends le temps de regarder. En 6 mois j’ai découvert plus de la Suisse qu’en 12 années. À l’époque, ma soeur était venue me rendre visite et on était allées au cinema en plein air. Mais on était obligées de rentrer avant 17h et on a juste vu l’écran être déroulé. Hier je l’ai appelée, et je lui ai dit : « Allez viens ici ! Cette fois on va regarder l’écran être déroulé et même être rangé (rires) ! » »

Publiée dans le cadre de la mini-série « Des frontières et des femmes », réalisée en partenariat avec l’APDH. | Traduite de l’arabe

« On habitait à 20 dans la même maison avec mes deux oncles et leur famille. On était tellement nombreux qu’on devait faire trois tables pour manger ! J’étais la plus jeune et j’étais très gâtée. Ils disaient oui à tout ce que je demandais, je n’avais aucune limite. À 12 ans, j’ai même décidé d’arrêter l’école, et mes parents ont accepté. À la place, je m’occupais de tout à la maison. Des petites choses aux grandes choses. J’étais la plus jeune en âge, mais la plus grande en responsabilité. J’étais comme la petite mère pour toute la famille. Ma famille demandait mon avis pour tout, et tout le monde écoutait ce que je disais. Et dans le village aussi. J’avais le pouvoir de la parole.

J’étais très proche de ma mère, on était toujours ensemble. Beaucoup d’hommes ont demandé ma main mais j’ai toujours refusé parce que je voulais rester pour bien m’occuper d’elle. Puis en 2000 elle est décédée. On est restés dans la maison avec mes frères et soeurs qui n’étaient pas encore mariés. J’ai continué à bien m’occuper de tout le monde, tellement bien qu’ils n’ont pas remarqué qu’il y avait un vide. Mais moi j’étais déprimée pendant toute une année. Depuis son décès, tout le Maroc était devenu noir pour moi. Alors j’ai voulu partir dans un autre pays. Je n’avais aucun objectif, je voulais juste partir.

Pendant 9 ans j’ai fait plein de démarches mais je n’ai jamais réussi à obtenir de visa. Puis il m’a demandé en mariage. Il avait tout ce que j’aimais pas chez une personne. Il insultait les gens, il disait beaucoup “moi, moi, moi”. Et moi je suis déjà quelqu’un qui dit souvent “moi, moi, moi” (rires) ! Mais j’ai fermé ma bouche. Après le mariage, on est restés 15 jours au Maroc et tout s’est bien passé. Les rapports sexuels aussi. Quelques moi après, je suis arrivée à Genève et c’était Ramadan. On n’a eu aucun rapport jusqu’au dernier jour. Et depuis ce jour d’été 2009 jusqu’à aujourd’hui, on n’a plus jamais rien fait.

On est allés voir des médecins et ils ont trouvé un problème dans son cervelet. Heureusement, ça pouvait être guéri avec une opération. Mais quand le médecin parlait de la zone intime il disait, « Non, ça c’est à cause d’un mauvais sort! » Et il refusait l’opération. Par la suite, j’ai appris qu’il avait été marié au moins 5 fois, et il pensait que ces femmes lui avaient jeté un sort qui l’empêchait d’avoir des rapports. Il m’a demandé ce je voulais faire. Je lui ai dit : ça c’est une maladie, on s’est mariés devant Dieu, donc je ne peux pas t’abandonner. La maladie c’est Allah qui décide. Mais lui il ne l’a pas acceptée.

Il a commencé à gaspiller son argent avec toutes sortes de guérisseurs. On partait en vacances en Espagne et en France spécialement pour les voir. Au Maroc on les a tous vus, je n’arriverais même pas à compter combien. Puis il a commencé à emprunter de l’argent, et j’ai même dû vendre mes bijoux. À cette époque, je ne faisais rien de mes journées. J’avais seulement le droit de téléphoner à ma famille proche, et je ne pouvais pas parler de tout. Ils ne savaient rien, et je n’avais aucun ami ici. Il ne me laissait jamais sortir seule, même pour jeter la poubelle. Si je disais bonjour à une voisine, il disait : “Pourquoi tu dis bonjour ? Fais attention, il faut pas aller chez elle !”.

C’était comme ça pendant 12 ans. J’en avais marre de cette vie. Et il m’avait effrayée de tout ce qu’il y avait dehors. Avec le temps, il m’a ajoutée aux autres femmes en disant que moi aussi je lui avais jeté un sort. Chez nous les musulmans, le mari peut divorcer en disant 3 fois le mot talaq. Mais après on est divorcés devant Dieu et c’est fini. L’été dernier pendant une dispute il m’a dit talaq une 3ème fois. Après il a dit qu’il était en colère et qu’il regrettait. S’il n’avait pas divorcé, j’aurais continué dans ce quotidien jusqu’à ma mort. Mais pour moi c’était fini. Et depuis, il ne fait que m’insulter, jour et nuit. Même quand il prie il continue de m’insulter.

Peu de temps après, j’ai raconté mon histoire pour la première fois en 12 ans à une infirmière et ça m’a fait beaucoup de bien. Ensuite j’ai eu l’aide de l’APDH et d’un avocat pour faire les démarches de séparation. Au début j’avais peur, je me posais beaucoup de questions. Et si je perds tout ? Et si je suis à la rue ? Heureusement, il y a quelques jours j’ai appris que j’allais garder l’appartement. J’ai commencé à pleurer… Quand il l’a su, il m’a dit : “Toi la femme qui n’a pas fait d’études, qui ne sait pas parler français et t’es arrivée à faire tout ça !”  C’est la force de la volonté qui me permet d’avancer.

Depuis, je suis super motivée pour apprendre le français et trouver un travail. J’ai commencé à sortir, à parler avec tout le monde. J’ai même besoin d’un agenda pour organiser tous mes rendez-vous (rires) ! Avant j’étais toujours pressée, je faisais les courses et je rentrais. Maintenant je prends le temps de regarder. En 6 mois j’ai découvert plus de la Suisse qu’en 12 années. À l’époque, ma soeur était venue me rendre visite et on était allées au cinema en plein air. Mais on était obligées de rentrer avant 17h et on a juste vu l’écran être déroulé. Hier je l’ai appelée, et je lui ai dit : « Allez viens ici ! Cette fois on va regarder l’écran être déroulé et même être rangé (rires) ! » »

Publiée dans le cadre de la mini-série « Des frontières et des femmes », réalisée en partenariat avec l’APDH. | Traduite de l’arabe

Publié le: 13 octobre 2022

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« On habitait à 20 dans la même maison avec mes deux oncles et leur famille. On était tellement nombreux qu’on devait faire trois tables pour manger ! J’étais la plus jeune et j’étais très gâtée. Ils disaient oui à tout ce que je demandais, je n’avais aucune limite. À 12 ans, j’ai même décidé d’arrêter l’école, et mes parents ont accepté. À la place, je m’occupais de tout à la maison. Des petites choses aux grandes choses. J’étais la plus jeune en âge, mais la plus grande en responsabilité. J’étais comme la petite mère pour toute la famille. Ma famille demandait mon avis pour tout, et tout le monde écoutait ce que je disais. Et dans le village aussi. J’avais le pouvoir de la parole.

J’étais très proche de ma mère, on était toujours ensemble. Beaucoup d’hommes ont demandé ma main mais j’ai toujours refusé parce que je voulais rester pour bien m’occuper d’elle. Puis en 2000 elle est décédée. On est restés dans la maison avec mes frères et soeurs qui n’étaient pas encore mariés. J’ai continué à bien m’occuper de tout le monde, tellement bien qu’ils n’ont pas remarqué qu’il y avait un vide. Mais moi j’étais déprimée pendant toute une année. Depuis son décès, tout le Maroc était devenu noir pour moi. Alors j’ai voulu partir dans un autre pays. Je n’avais aucun objectif, je voulais juste partir.

Pendant 9 ans j’ai fait plein de démarches mais je n’ai jamais réussi à obtenir de visa. Puis il m’a demandé en mariage. Il avait tout ce que j’aimais pas chez une personne. Il insultait les gens, il disait beaucoup “moi, moi, moi”. Et moi je suis déjà quelqu’un qui dit souvent “moi, moi, moi” (rires) ! Mais j’ai fermé ma bouche. Après le mariage, on est restés 15 jours au Maroc et tout s’est bien passé. Les rapports sexuels aussi. Quelques moi après, je suis arrivée à Genève et c’était Ramadan. On n’a eu aucun rapport jusqu’au dernier jour. Et depuis ce jour d’été 2009 jusqu’à aujourd’hui, on n’a plus jamais rien fait.

On est allés voir des médecins et ils ont trouvé un problème dans son cervelet. Heureusement, ça pouvait être guéri avec une opération. Mais quand le médecin parlait de la zone intime il disait, « Non, ça c’est à cause d’un mauvais sort! » Et il refusait l’opération. Par la suite, j’ai appris qu’il avait été marié au moins 5 fois, et il pensait que ces femmes lui avaient jeté un sort qui l’empêchait d’avoir des rapports. Il m’a demandé ce je voulais faire. Je lui ai dit : ça c’est une maladie, on s’est mariés devant Dieu, donc je ne peux pas t’abandonner. La maladie c’est Allah qui décide. Mais lui il ne l’a pas acceptée. 

Il a commencé à gaspiller son argent avec toutes sortes de guérisseurs. On partait en vacances en Espagne et en France spécialement pour les voir. Au Maroc on les a tous vus, je n’arriverais même pas à compter combien. Puis il a commencé à emprunter de l’argent, et j’ai même dû vendre mes bijoux. À cette époque, je ne faisais rien de mes journées. J’avais seulement le droit de téléphoner à ma famille proche, et je ne pouvais pas parler de tout. Ils ne savaient rien, et je n’avais aucun ami ici. Il ne me laissait jamais sortir seule, même pour jeter la poubelle. Si je disais bonjour à une voisine, il disait : “Pourquoi tu dis bonjour ? Fais attention, il faut pas aller chez elle !”.

C’était comme ça pendant 12 ans. J’en avais marre de cette vie. Et il m’avait effrayée de tout ce qu’il y avait dehors. Avec le temps, il m’a ajoutée aux autres femmes en disant que moi aussi je lui avais jeté un sort. Chez nous les musulmans, le mari peut divorcer en disant 3 fois le mot talaq. Mais après on est divorcés devant Dieu et c’est fini. L’été dernier pendant une dispute il m’a dit talaq une 3ème fois. Après il a dit qu’il était en colère et qu’il regrettait. S’il n’avait pas divorcé, j’aurais continué dans ce quotidien jusqu’à ma mort. Mais pour moi c’était fini. Et depuis, il ne fait que m’insulter, jour et nuit. Même quand il prie il continue de m’insulter.

Peu de temps après, j’ai raconté mon histoire pour la première fois en 12 ans à une infirmière et ça m’a fait beaucoup de bien. Ensuite j’ai eu l’aide de l’APDH et d’un avocat pour faire les démarches de séparation. Au début j’avais peur, je me posais beaucoup de questions. Et si je perds tout ? Et si je suis à la rue ? Heureusement, il y a quelques jours j’ai appris que j’allais garder l’appartement. J’ai commencé à pleurer… Quand il l’a su, il m’a dit : “Toi la femme qui n’a pas fait d’études, qui ne sait pas parler français et t’es arrivée à faire tout ça !”  C’est la force de la volonté qui me permet d’avancer.

Depuis, je suis super motivée pour apprendre le français et trouver un travail. J’ai commencé à sortir, à parler avec tout le monde. J’ai même besoin d’un agenda pour organiser tous mes rendez-vous (rires) ! Avant j’étais toujours pressée, je faisais les courses et je rentrais. Maintenant je prends le temps de regarder. En 6 mois j’ai découvert plus de la Suisse qu’en 12 années. À l’époque, ma soeur était venue me rendre visite et on était allées au cinema en plein air. Mais on était obligées de rentrer avant 17h et on a juste vu l’écran être déroulé. Hier je l’ai appelée, et je lui ai dit : « Allez viens ici ! Cette fois on va regarder l’écran être déroulé et même être rangé (rires) ! » »

Publiée dans le cadre de la mini-série « Des frontières et des femmes », réalisée en partenariat avec l’APDH. | Traduite de l’arabe

« On habitait à 20 dans la même maison avec mes deux oncles et leur famille. On était tellement nombreux qu’on devait faire trois tables pour manger ! J’étais la plus jeune et j’étais très gâtée. Ils disaient oui à tout ce que je demandais, je n’avais aucune limite. À 12 ans, j’ai même décidé d’arrêter l’école, et mes parents ont accepté. À la place, je m’occupais de tout à la maison. Des petites choses aux grandes choses. J’étais la plus jeune en âge, mais la plus grande en responsabilité. J’étais comme la petite mère pour toute la famille. Ma famille demandait mon avis pour tout, et tout le monde écoutait ce que je disais. Et dans le village aussi. J’avais le pouvoir de la parole.

J’étais très proche de ma mère, on était toujours ensemble. Beaucoup d’hommes ont demandé ma main mais j’ai toujours refusé parce que je voulais rester pour bien m’occuper d’elle. Puis en 2000 elle est décédée. On est restés dans la maison avec mes frères et soeurs qui n’étaient pas encore mariés. J’ai continué à bien m’occuper de tout le monde, tellement bien qu’ils n’ont pas remarqué qu’il y avait un vide. Mais moi j’étais déprimée pendant toute une année. Depuis son décès, tout le Maroc était devenu noir pour moi. Alors j’ai voulu partir dans un autre pays. Je n’avais aucun objectif, je voulais juste partir.

Pendant 9 ans j’ai fait plein de démarches mais je n’ai jamais réussi à obtenir de visa. Puis il m’a demandé en mariage. Il avait tout ce que j’aimais pas chez une personne. Il insultait les gens, il disait beaucoup “moi, moi, moi”. Et moi je suis déjà quelqu’un qui dit souvent “moi, moi, moi” (rires) ! Mais j’ai fermé ma bouche. Après le mariage, on est restés 15 jours au Maroc et tout s’est bien passé. Les rapports sexuels aussi. Quelques moi après, je suis arrivée à Genève et c’était Ramadan. On n’a eu aucun rapport jusqu’au dernier jour. Et depuis ce jour d’été 2009 jusqu’à aujourd’hui, on n’a plus jamais rien fait.

On est allés voir des médecins et ils ont trouvé un problème dans son cervelet. Heureusement, ça pouvait être guéri avec une opération. Mais quand le médecin parlait de la zone intime il disait, « Non, ça c’est à cause d’un mauvais sort! » Et il refusait l’opération. Par la suite, j’ai appris qu’il avait été marié au moins 5 fois, et il pensait que ces femmes lui avaient jeté un sort qui l’empêchait d’avoir des rapports. Il m’a demandé ce je voulais faire. Je lui ai dit : ça c’est une maladie, on s’est mariés devant Dieu, donc je ne peux pas t’abandonner. La maladie c’est Allah qui décide. Mais lui il ne l’a pas acceptée.

Il a commencé à gaspiller son argent avec toutes sortes de guérisseurs. On partait en vacances en Espagne et en France spécialement pour les voir. Au Maroc on les a tous vus, je n’arriverais même pas à compter combien. Puis il a commencé à emprunter de l’argent, et j’ai même dû vendre mes bijoux. À cette époque, je ne faisais rien de mes journées. J’avais seulement le droit de téléphoner à ma famille proche, et je ne pouvais pas parler de tout. Ils ne savaient rien, et je n’avais aucun ami ici. Il ne me laissait jamais sortir seule, même pour jeter la poubelle. Si je disais bonjour à une voisine, il disait : “Pourquoi tu dis bonjour ? Fais attention, il faut pas aller chez elle !”.

C’était comme ça pendant 12 ans. J’en avais marre de cette vie. Et il m’avait effrayée de tout ce qu’il y avait dehors. Avec le temps, il m’a ajoutée aux autres femmes en disant que moi aussi je lui avais jeté un sort. Chez nous les musulmans, le mari peut divorcer en disant 3 fois le mot talaq. Mais après on est divorcés devant Dieu et c’est fini. L’été dernier pendant une dispute il m’a dit talaq une 3ème fois. Après il a dit qu’il était en colère et qu’il regrettait. S’il n’avait pas divorcé, j’aurais continué dans ce quotidien jusqu’à ma mort. Mais pour moi c’était fini. Et depuis, il ne fait que m’insulter, jour et nuit. Même quand il prie il continue de m’insulter.

Peu de temps après, j’ai raconté mon histoire pour la première fois en 12 ans à une infirmière et ça m’a fait beaucoup de bien. Ensuite j’ai eu l’aide de l’APDH et d’un avocat pour faire les démarches de séparation. Au début j’avais peur, je me posais beaucoup de questions. Et si je perds tout ? Et si je suis à la rue ? Heureusement, il y a quelques jours j’ai appris que j’allais garder l’appartement. J’ai commencé à pleurer… Quand il l’a su, il m’a dit : “Toi la femme qui n’a pas fait d’études, qui ne sait pas parler français et t’es arrivée à faire tout ça !”  C’est la force de la volonté qui me permet d’avancer.

Depuis, je suis super motivée pour apprendre le français et trouver un travail. J’ai commencé à sortir, à parler avec tout le monde. J’ai même besoin d’un agenda pour organiser tous mes rendez-vous (rires) ! Avant j’étais toujours pressée, je faisais les courses et je rentrais. Maintenant je prends le temps de regarder. En 6 mois j’ai découvert plus de la Suisse qu’en 12 années. À l’époque, ma soeur était venue me rendre visite et on était allées au cinema en plein air. Mais on était obligées de rentrer avant 17h et on a juste vu l’écran être déroulé. Hier je l’ai appelée, et je lui ai dit : « Allez viens ici ! Cette fois on va regarder l’écran être déroulé et même être rangé (rires) ! » »

Publiée dans le cadre de la mini-série « Des frontières et des femmes », réalisée en partenariat avec l’APDH. | Traduite de l’arabe

Publié le: 13 octobre 2022

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