
Partie 1/2
« Mon premier souvenir, c’était d’entendre mes parents se battre. À mes 3 ans ils se sont séparés et quelques mois après ma mère me dit : « ton père veut plus te voir ». À partir de ce jour-là, j’ai commencé à me taper la tête contre les murs et à me mordre les mains. J’arrivais pas à gérer cet abandon. Peu de temps après ma mère porte plainte contre mon père pour pédophilie. Une enquête est ouverte, mais elle piétine. Mon audition à la police n’a pas vraiment de valeur parce que je dis oui et non en même temps. Ils sentent qu’on m’a poussé à dire que oui mais on sait pas jusqu’à quel point. Je suis hospitalisé pour essayer d’en savoir plus, mais je sors après un mois sans conclusion.
Du temps passe, je vis seul avec ma mère, sans pouvoir voir mon père. Et ma mère commence à me manipuler, à me faire du chantage affectif. Des trucs à la con comme : « T’aimes maman ? Bah alors il faut que tu fasses à manger ». Et dès que j’exprimais la moindre émotion, je me prenais des coups. La loi du silence qu’elle m’imposait lui permettait d’être vraiment violente. Et comme à l’époque j’avais pas d’amis, j’avais pas de moyens de me rendre compte si les choses étaient normales ou pas. À l’école j’ai commencé à avoir pas mal de troubles du comportement. J’étais très agressif, je me battais pour un oui pour un non. Et l’école a fini par pousser ma mère à m’envoyer chez un psychiatre.
La psychiatre était la première personne à qui j’ai raconté ce qui se passait. Mais elle m’a dit : « Arrête de mentir, une maman ça aime toujours ses enfants ». À partir de ce moment je me suis complètement renfermé et je n’ai plus rien raconté. En parallèle, un ami de ma mère lui avait parlé d’un hypnothérapeute et elle décide de m’amener le voir. J’avais 5 ans lors de la première séance. Et lui il voit le corps d’une jeune fille et il décide de prendre son pied au lieu de faire des séances d’hypnose. Et pendant 4 années, à chaque séance il a continué de se passer la même chose. Mais comme un adulte m’avait dit d’arrêter de mentir sur ce genre de choses, bah j’en ai parlé à personne.
À mes 8 ans, l’affaire contre mon père a été classée. Je vivais toujours chez ma mère mais je pouvais le voir de plus en plus. Avec lui ça se passait bien et j’ai découvert qu’en fait un parent c’est joueur, que ça s’occupe de son enfant etc. Je voyais plus l’hypnothérapeute, mais ma mère avait commencé à boire et elle-même commettait des attouchements contre moi. Et la violence allait de plus en plus loin. Elle m’avait pété le poignet et tordu le genou. À chaque fois que j’étais chez mon père, je refusais de partir. Mais j’arrivais pas à mettre en mot pourquoi. J’arrivais pas encore à me dire « c’est pas normal ». Je pensais que c’était moi le problème, qui arrivais pas à supporter tout ça.
À mes 11 ans, mon grand-père est décédé et mon chat est euthanasié. Là ça été trop, et j’ai fait mes premières crises de paralysie. Pendant des heures j’étais immobile sans ressentir mes jambes. Les médecins ont fait des examens sans rien trouver. Après plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, ils réalisent que les crises arrivent systématiquement quand je dois aller chez ma mère. Le SPMI décide de me placer temporairement chez mon père, et à partir de là, j’ai de moins en moins de contact avec ma mère. Mais en parallèle, le harcèlement scolaire devenait insupportable. Puis un jour, une engueulade avec ma mère a fait comme un détonateur et j’ai avalé toute une boite neuve de Concerta.
J’aurais dû mourir ce jour-là, mais mon coeur n’a pas lâché. Ça devait pas être le moment… Peu de temps après, j’ai rencontré un infirmier génial. Un soir, on discute de refoulement, du fait d’enfouir des choses au fond de soi, et tout à coup il voit mon visage changer. Et là je craque complètement et je lui raconte tout ce qui s’est passé avec ma mère. Y’a tout qui sort, j’étais en larmes. C’était la première fois que j’en parlais vraiment. Et là je suis de nouveau hospitalisé pendant 6 mois, et je reçois du soutien et une écoute. Mais au fond, rien n’est fait pas rapport à ma mère. Et sortant de l’hôpital, je me retrouve à nouveau dans un foyer. »
Partie 2/2
« Pendant cette période je continue de multiplier les tentatives de suicide, par médicaments ou en me coupant les veines. Le harcèlement à l’école devenait vraiment ingérable. Les violences physiques étaient de plus en plus fréquentes et ça se poursuivait sur les réseaux sociaux. Un jour, c’est allé trop loin. J’étais assis à ma place et quelqu’un m’a donné un coup de coude derrière la tête. Ma tête a tapé contre le bureau et j’ai perdu connaissance. Puis un soir au foyer, je me mets à écrire tout ce qui s’est passé avec ma mère sur un ordinateur et je décide de montrer le texte à une éducatrice. Et au fur et à mesure qu’elle le lit, je la vois se décomposer.
Le foyer décide de contacter le SPMI qui porte plainte en mon nom contre ma mère. J’ai l’impression qu’on me prend enfin au sérieux, et commence un long combat en justice. En 2020, après 5 ans de procédures, la procureure me convoque. Elle me dit : « Moi je te crois, mais il y a pas de preuve matérielle. Je peux rien faire. ». Je la regarde et j’lui dis : « En 2020 on peut violer ses gamins et s’en sortir sans rien ». Et je pars. C’est un sentiment d’injustice énorme. Je me sens vraiment abandonné par le système. Le jour où j’arrive enfin à trouver la force de parler, l’affaire est classée. J’me dis qu’en fait on en a rien à foutre de moi. Et j’ai continué à faire mes tentatives de suicide.
Aujourd’hui, je continue d’avoir des flash-backs, des cauchemars, les mêmes choses en boucle. J’essaie de gérer les angoisses que ça génère. Et j’essaie de comprendre pourquoi je peux pas marcher. En décembre 2021, j’ai fait une nouvelle crise de paralysie, et depuis je ne ressens plus mes jambes. Est-ce que je vais pouvoir remarcher un jour ? J’arrive pas à me projeter dans le futur, y a trop d’inconnus. Mais malgré tout ça, les choses commencent à se calmer un peu. J’ai de moins en moins d’idées suicidaires, et je vivais à temps plein chez mon père avant d’être en fauteuil. Son logement n’est pas adapté donc je suis dans un hôtel. Mais petit à petit, les choses commencent à s’arranger.
Y’a une autre chose qui avance plutôt positivement aussi. À mes 16 ans j’ai fait mon coming out transgenre. Donc je suis né fille et je suis en transition vers le genre masculin. Les hormones, les opérations, même si c’est lourd, c’est aussi une délivrance parce que c’est un corps qui me convenait pas et qui va de mieux en mieux vers quelque chose qui me convient. Et ça me donne des objectifs et la motivation d’avancer. Dès l’âge de 4 ans je ressentais que j’étais plutôt garçon que fille. Mais j’avais pas la place pour me questionner sur qui j’étais. Et vers 16 ans, comme c’était un peu plus calme, j’ai pu le ressentir, le vivre, et trouver des gens bienveillants autour de ça.
Entre mes 18 et 20 ans, j’ai passé plus de temps à l’hôpital qu’à la maison. J’ai 21 ans maintenant, et j’ai fait plus de tentatives de suicide que j’ai d’années de vie. Mais j’ai tellement galéré que parfois je me dis, « ça peut pas finir comme ça ». Ok, je suis pas complètement sorti d’affaire. Mais si y’a 2 ans on m’avait dit que je pourrais avoir une vision de la vie différente que juste des idées noires, j’y aurais pas cru. Et pourtant maintenant j’en fait l’expérience ! Et j’ai réalisé que ça manque les témoignages comme celui-ci. Donc en partageant mon histoire, j’espère montrer qu’il faut pas perdre de vue que ça peut s’arranger et qu’on peut s’en sortir. »

Partie 1/2
« Mon premier souvenir, c’était d’entendre mes parents se battre. À mes 3 ans ils se sont séparés et quelques mois après ma mère me dit : « ton père veut plus te voir ». À partir de ce jour-là, j’ai commencé à me taper la tête contre les murs et à me mordre les mains. J’arrivais pas à gérer cet abandon. Peu de temps après ma mère porte plainte contre mon père pour pédophilie. Une enquête est ouverte, mais elle piétine. Mon audition à la police n’a pas vraiment de valeur parce que je dis oui et non en même temps. Ils sentent qu’on m’a poussé à dire que oui mais on sait pas jusqu’à quel point. Je suis hospitalisé pour essayer d’en savoir plus, mais je sors après un mois sans conclusion.
Du temps passe, je vis seul avec ma mère, sans pouvoir voir mon père. Et ma mère commence à me manipuler, à me faire du chantage affectif. Des trucs à la con comme : « T’aimes maman ? Bah alors il faut que tu fasses à manger ». Et dès que j’exprimais la moindre émotion, je me prenais des coups. La loi du silence qu’elle m’imposait lui permettait d’être vraiment violente. Et comme à l’époque j’avais pas d’amis, j’avais pas de moyens de me rendre compte si les choses étaient normales ou pas. À l’école j’ai commencé à avoir pas mal de troubles du comportement. J’étais très agressif, je me battais pour un oui pour un non. Et l’école a fini par pousser ma mère à m’envoyer chez un psychiatre.
La psychiatre était la première personne à qui j’ai raconté ce qui se passait. Mais elle m’a dit : « Arrête de mentir, une maman ça aime toujours ses enfants ». À partir de ce moment je me suis complètement renfermé et je n’ai plus rien raconté. En parallèle, un ami de ma mère lui avait parlé d’un hypnothérapeute et elle décide de m’amener le voir. J’avais 5 ans lors de la première séance. Et lui il voit le corps d’une jeune fille et il décide de prendre son pied au lieu de faire des séances d’hypnose. Et pendant 4 années, à chaque séance il a continué de se passer la même chose. Mais comme un adulte m’avait dit d’arrêter de mentir sur ce genre de choses, bah j’en ai parlé à personne.
À mes 8 ans, l’affaire contre mon père a été classée. Je vivais toujours chez ma mère mais je pouvais le voir de plus en plus. Avec lui ça se passait bien et j’ai découvert qu’en fait un parent c’est joueur, que ça s’occupe de son enfant etc. Je voyais plus l’hypnothérapeute, mais ma mère avait commencé à boire et elle-même commettait des attouchements contre moi. Et la violence allait de plus en plus loin. Elle m’avait pété le poignet et tordu le genou. À chaque fois que j’étais chez mon père, je refusais de partir. Mais j’arrivais pas à mettre en mot pourquoi. J’arrivais pas encore à me dire « c’est pas normal ». Je pensais que c’était moi le problème, qui arrivais pas à supporter tout ça.
À mes 11 ans, mon grand-père est décédé et mon chat est euthanasié. Là ça été trop, et j’ai fait mes premières crises de paralysie. Pendant des heures j’étais immobile sans ressentir mes jambes. Les médecins ont fait des examens sans rien trouver. Après plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, ils réalisent que les crises arrivent systématiquement quand je dois aller chez ma mère. Le SPMI décide de me placer temporairement chez mon père, et à partir de là, j’ai de moins en moins de contact avec ma mère. Mais en parallèle, le harcèlement scolaire devenait insupportable. Puis un jour, une engueulade avec ma mère a fait comme un détonateur et j’ai avalé toute une boite neuve de Concerta.
J’aurais dû mourir ce jour-là, mais mon coeur n’a pas lâché. Ça devait pas être le moment… Peu de temps après, j’ai rencontré un infirmier génial. Un soir, on discute de refoulement, du fait d’enfouir des choses au fond de soi, et tout à coup il voit mon visage changer. Et là je craque complètement et je lui raconte tout ce qui s’est passé avec ma mère. Y’a tout qui sort, j’étais en larmes. C’était la première fois que j’en parlais vraiment. Et là je suis de nouveau hospitalisé pendant 6 mois, et je reçois du soutien et une écoute. Mais au fond, rien n’est fait pas rapport à ma mère. Et sortant de l’hôpital, je me retrouve à nouveau dans un foyer. »
Partie 2/2
« Pendant cette période je continue de multiplier les tentatives de suicide, par médicaments ou en me coupant les veines. Le harcèlement à l’école devenait vraiment ingérable. Les violences physiques étaient de plus en plus fréquentes et ça se poursuivait sur les réseaux sociaux. Un jour, c’est allé trop loin. J’étais assis à ma place et quelqu’un m’a donné un coup de coude derrière la tête. Ma tête a tapé contre le bureau et j’ai perdu connaissance. Puis un soir au foyer, je me mets à écrire tout ce qui s’est passé avec ma mère sur un ordinateur et je décide de montrer le texte à une éducatrice. Et au fur et à mesure qu’elle le lit, je la vois se décomposer.
Le foyer décide de contacter le SPMI qui porte plainte en mon nom contre ma mère. J’ai l’impression qu’on me prend enfin au sérieux, et commence un long combat en justice. En 2020, après 5 ans de procédures, la procureure me convoque. Elle me dit : « Moi je te crois, mais il y a pas de preuve matérielle. Je peux rien faire. ». Je la regarde et j’lui dis : « En 2020 on peut violer ses gamins et s’en sortir sans rien ». Et je pars. C’est un sentiment d’injustice énorme. Je me sens vraiment abandonné par le système. Le jour où j’arrive enfin à trouver la force de parler, l’affaire est classée. J’me dis qu’en fait on en a rien à foutre de moi. Et j’ai continué à faire mes tentatives de suicide.
Aujourd’hui, je continue d’avoir des flash-backs, des cauchemars, les mêmes choses en boucle. J’essaie de gérer les angoisses que ça génère. Et j’essaie de comprendre pourquoi je peux pas marcher. En décembre 2021, j’ai fait une nouvelle crise de paralysie, et depuis je ne ressens plus mes jambes. Est-ce que je vais pouvoir remarcher un jour ? J’arrive pas à me projeter dans le futur, y a trop d’inconnus. Mais malgré tout ça, les choses commencent à se calmer un peu. J’ai de moins en moins d’idées suicidaires, et je vivais à temps plein chez mon père avant d’être en fauteuil. Son logement n’est pas adapté donc je suis dans un hôtel. Mais petit à petit, les choses commencent à s’arranger.
Y’a une autre chose qui avance plutôt positivement aussi. À mes 16 ans j’ai fait mon coming out transgenre. Donc je suis né fille et je suis en transition vers le genre masculin. Les hormones, les opérations, même si c’est lourd, c’est aussi une délivrance parce que c’est un corps qui me convenait pas et qui va de mieux en mieux vers quelque chose qui me convient. Et ça me donne des objectifs et la motivation d’avancer. Dès l’âge de 4 ans je ressentais que j’étais plutôt garçon que fille. Mais j’avais pas la place pour me questionner sur qui j’étais. Et vers 16 ans, comme c’était un peu plus calme, j’ai pu le ressentir, le vivre, et trouver des gens bienveillants autour de ça.
Entre mes 18 et 20 ans, j’ai passé plus de temps à l’hôpital qu’à la maison. J’ai 21 ans maintenant, et j’ai fait plus de tentatives de suicide que j’ai d’années de vie. Mais j’ai tellement galéré que parfois je me dis, « ça peut pas finir comme ça ». Ok, je suis pas complètement sorti d’affaire. Mais si y’a 2 ans on m’avait dit que je pourrais avoir une vision de la vie différente que juste des idées noires, j’y aurais pas cru. Et pourtant maintenant j’en fait l’expérience ! Et j’ai réalisé que ça manque les témoignages comme celui-ci. Donc en partageant mon histoire, j’espère montrer qu’il faut pas perdre de vue que ça peut s’arranger et qu’on peut s’en sortir. »
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« Mon premier souvenir, c’était d’entendre mes parents se battre. À mes 3 ans ils se sont séparés et quelques mois après ma mère me dit : « ton père veut plus te voir ». À partir de ce jour-là, j’ai commencé à me taper la tête contre les murs et à me mordre les mains. J’arrivais pas à gérer cet abandon. Peu de temps après ma mère porte plainte contre mon père pour pédophilie. Une enquête est ouverte, mais elle piétine. Mon audition à la police n’a pas vraiment de valeur parce que je dis oui et non en même temps. Ils sentent qu’on m’a poussé à dire que oui mais on sait pas jusqu’à quel point. Je suis hospitalisé pour essayer d’en savoir plus, mais je sors après un mois sans conclusion.
Du temps passe, je vis seul avec ma mère, sans pouvoir voir mon père. Et ma mère commence à me manipuler, à me faire du chantage affectif. Des trucs à la con comme : « T’aimes maman ? Bah alors il faut que tu fasses à manger ». Et dès que j’exprimais la moindre émotion, je me prenais des coups. La loi du silence qu’elle m’imposait lui permettait d’être vraiment violente. Et comme à l’époque j’avais pas d’amis, j’avais pas de moyens de me rendre compte si les choses étaient normales ou pas. À l’école j’ai commencé à avoir pas mal de troubles du comportement. J’étais très agressif, je me battais pour un oui pour un non. Et l’école a fini par pousser ma mère à m’envoyer chez un psychiatre.
La psychiatre était la première personne à qui j’ai raconté ce qui se passait. Mais elle m’a dit : « Arrête de mentir, une maman ça aime toujours ses enfants ». À partir de ce moment je me suis complètement renfermé et je n’ai plus rien raconté. En parallèle, un ami de ma mère lui avait parlé d’un hypnothérapeute et elle décide de m’amener le voir. J’avais 5 ans lors de la première séance. Et lui il voit le corps d’une jeune fille et il décide de prendre son pied au lieu de faire des séances d’hypnose. Et pendant 4 années, à chaque séance il a continué de se passer la même chose. Mais comme un adulte m’avait dit d’arrêter de mentir sur ce genre de choses, bah j’en ai parlé à personne.
À mes 8 ans, l’affaire contre mon père a été classée. Je vivais toujours chez ma mère mais je pouvais le voir de plus en plus. Avec lui ça se passait bien et j’ai découvert qu’en fait un parent c’est joueur, que ça s’occupe de son enfant etc. Je voyais plus l’hypnothérapeute, mais ma mère avait commencé à boire et elle-même commettait des attouchements contre moi. Et la violence allait de plus en plus loin. Elle m’avait pété le poignet et tordu le genou. À chaque fois que j’étais chez mon père, je refusais de partir. Mais j’arrivais pas à mettre en mot pourquoi. J’arrivais pas encore à me dire « c’est pas normal ». Je pensais que c’était moi le problème, qui arrivais pas à supporter tout ça.
À mes 11 ans, mon grand-père est décédé et mon chat est euthanasié. Là ça été trop, et j’ai fait mes premières crises de paralysie. Pendant des heures j’étais immobile sans ressentir mes jambes. Les médecins ont fait des examens sans rien trouver. Après plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, ils réalisent que les crises arrivent systématiquement quand je dois aller chez ma mère. Le SPMI décide de me placer temporairement chez mon père, et à partir de là, j’ai de moins en moins de contact avec ma mère. Mais en parallèle, le harcèlement scolaire devenait insupportable. Puis un jour, une engueulade avec ma mère a fait comme un détonateur et j’ai avalé toute une boite neuve de Concerta.
J’aurais dû mourir ce jour-là, mais mon coeur n’a pas lâché. Ça devait pas être le moment… Peu de temps après, j’ai rencontré un infirmier génial. Un soir, on discute de refoulement, du fait d’enfouir des choses au fond de soi, et tout à coup il voit mon visage changer. Et là je craque complètement et je lui raconte tout ce qui s’est passé avec ma mère. Y’a tout qui sort, j’étais en larmes. C’était la première fois que j’en parlais vraiment. Et là je suis de nouveau hospitalisé pendant 6 mois, et je reçois du soutien et une écoute. Mais au fond, rien n’est fait pas rapport à ma mère. Et sortant de l’hôpital, je me retrouve à nouveau dans un foyer. »
Partie 2/2
« Pendant cette période je continue de multiplier les tentatives de suicide, par médicaments ou en me coupant les veines. Le harcèlement à l’école devenait vraiment ingérable. Les violences physiques étaient de plus en plus fréquentes et ça se poursuivait sur les réseaux sociaux. Un jour, c’est allé trop loin. J’étais assis à ma place et quelqu’un m’a donné un coup de coude derrière la tête. Ma tête a tapé contre le bureau et j’ai perdu connaissance. Puis un soir au foyer, je me mets à écrire tout ce qui s’est passé avec ma mère sur un ordinateur et je décide de montrer le texte à une éducatrice. Et au fur et à mesure qu’elle le lit, je la vois se décomposer.
Le foyer décide de contacter le SPMI qui porte plainte en mon nom contre ma mère. J’ai l’impression qu’on me prend enfin au sérieux, et commence un long combat en justice. En 2020, après 5 ans de procédures, la procureure me convoque. Elle me dit : « Moi je te crois, mais il y a pas de preuve matérielle. Je peux rien faire. ». Je la regarde et j’lui dis : « En 2020 on peut violer ses gamins et s’en sortir sans rien ». Et je pars. C’est un sentiment d’injustice énorme. Je me sens vraiment abandonné par le système. Le jour où j’arrive enfin à trouver la force de parler, l’affaire est classée. J’me dis qu’en fait on en a rien à foutre de moi. Et j’ai continué à faire mes tentatives de suicide.
Aujourd’hui, je continue d’avoir des flash-backs, des cauchemars, les mêmes choses en boucle. J’essaie de gérer les angoisses que ça génère. Et j’essaie de comprendre pourquoi je peux pas marcher. En décembre 2021, j’ai fait une nouvelle crise de paralysie, et depuis je ne ressens plus mes jambes. Est-ce que je vais pouvoir remarcher un jour ? J’arrive pas à me projeter dans le futur, y a trop d’inconnus. Mais malgré tout ça, les choses commencent à se calmer un peu. J’ai de moins en moins d’idées suicidaires, et je vivais à temps plein chez mon père avant d’être en fauteuil. Son logement n’est pas adapté donc je suis dans un hôtel. Mais petit à petit, les choses commencent à s’arranger.
Y’a une autre chose qui avance plutôt positivement aussi. À mes 16 ans j’ai fait mon coming out transgenre. Donc je suis né fille et je suis en transition vers le genre masculin. Les hormones, les opérations, même si c’est lourd, c’est aussi une délivrance parce que c’est un corps qui me convenait pas et qui va de mieux en mieux vers quelque chose qui me convient. Et ça me donne des objectifs et la motivation d’avancer. Dès l’âge de 4 ans je ressentais que j’étais plutôt garçon que fille. Mais j’avais pas la place pour me questionner sur qui j’étais. Et vers 16 ans, comme c’était un peu plus calme, j’ai pu le ressentir, le vivre, et trouver des gens bienveillants autour de ça.
Entre mes 18 et 20 ans, j’ai passé plus de temps à l’hôpital qu’à la maison. J’ai 21 ans maintenant, et j’ai fait plus de tentatives de suicide que j’ai d’années de vie. Mais j’ai tellement galéré que parfois je me dis, « ça peut pas finir comme ça ». Ok, je suis pas complètement sorti d’affaire. Mais si y’a 2 ans on m’avait dit que je pourrais avoir une vision de la vie différente que juste des idées noires, j’y aurais pas cru. Et pourtant maintenant j’en fait l’expérience ! Et j’ai réalisé que ça manque les témoignages comme celui-ci. Donc en partageant mon histoire, j’espère montrer qu’il faut pas perdre de vue que ça peut s’arranger et qu’on peut s’en sortir. »

Partie 1/2
« Mon premier souvenir, c’était d’entendre mes parents se battre. À mes 3 ans ils se sont séparés et quelques mois après ma mère me dit : « ton père veut plus te voir ». À partir de ce jour-là, j’ai commencé à me taper la tête contre les murs et à me mordre les mains. J’arrivais pas à gérer cet abandon. Peu de temps après ma mère porte plainte contre mon père pour pédophilie. Une enquête est ouverte, mais elle piétine. Mon audition à la police n’a pas vraiment de valeur parce que je dis oui et non en même temps. Ils sentent qu’on m’a poussé à dire que oui mais on sait pas jusqu’à quel point. Je suis hospitalisé pour essayer d’en savoir plus, mais je sors après un mois sans conclusion.
Du temps passe, je vis seul avec ma mère, sans pouvoir voir mon père. Et ma mère commence à me manipuler, à me faire du chantage affectif. Des trucs à la con comme : « T’aimes maman ? Bah alors il faut que tu fasses à manger ». Et dès que j’exprimais la moindre émotion, je me prenais des coups. La loi du silence qu’elle m’imposait lui permettait d’être vraiment violente. Et comme à l’époque j’avais pas d’amis, j’avais pas de moyens de me rendre compte si les choses étaient normales ou pas. À l’école j’ai commencé à avoir pas mal de troubles du comportement. J’étais très agressif, je me battais pour un oui pour un non. Et l’école a fini par pousser ma mère à m’envoyer chez un psychiatre.
La psychiatre était la première personne à qui j’ai raconté ce qui se passait. Mais elle m’a dit : « Arrête de mentir, une maman ça aime toujours ses enfants ». À partir de ce moment je me suis complètement renfermé et je n’ai plus rien raconté. En parallèle, un ami de ma mère lui avait parlé d’un hypnothérapeute et elle décide de m’amener le voir. J’avais 5 ans lors de la première séance. Et lui il voit le corps d’une jeune fille et il décide de prendre son pied au lieu de faire des séances d’hypnose. Et pendant 4 années, à chaque séance il a continué de se passer la même chose. Mais comme un adulte m’avait dit d’arrêter de mentir sur ce genre de choses, bah j’en ai parlé à personne.
À mes 8 ans, l’affaire contre mon père a été classée. Je vivais toujours chez ma mère mais je pouvais le voir de plus en plus. Avec lui ça se passait bien et j’ai découvert qu’en fait un parent c’est joueur, que ça s’occupe de son enfant etc. Je voyais plus l’hypnothérapeute, mais ma mère avait commencé à boire et elle-même commettait des attouchements contre moi. Et la violence allait de plus en plus loin. Elle m’avait pété le poignet et tordu le genou. À chaque fois que j’étais chez mon père, je refusais de partir. Mais j’arrivais pas à mettre en mot pourquoi. J’arrivais pas encore à me dire « c’est pas normal ». Je pensais que c’était moi le problème, qui arrivais pas à supporter tout ça.
À mes 11 ans, mon grand-père est décédé et mon chat est euthanasié. Là ça été trop, et j’ai fait mes premières crises de paralysie. Pendant des heures j’étais immobile sans ressentir mes jambes. Les médecins ont fait des examens sans rien trouver. Après plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, ils réalisent que les crises arrivent systématiquement quand je dois aller chez ma mère. Le SPMI décide de me placer temporairement chez mon père, et à partir de là, j’ai de moins en moins de contact avec ma mère. Mais en parallèle, le harcèlement scolaire devenait insupportable. Puis un jour, une engueulade avec ma mère a fait comme un détonateur et j’ai avalé toute une boite neuve de Concerta.
J’aurais dû mourir ce jour-là, mais mon coeur n’a pas lâché. Ça devait pas être le moment… Peu de temps après, j’ai rencontré un infirmier génial. Un soir, on discute de refoulement, du fait d’enfouir des choses au fond de soi, et tout à coup il voit mon visage changer. Et là je craque complètement et je lui raconte tout ce qui s’est passé avec ma mère. Y’a tout qui sort, j’étais en larmes. C’était la première fois que j’en parlais vraiment. Et là je suis de nouveau hospitalisé pendant 6 mois, et je reçois du soutien et une écoute. Mais au fond, rien n’est fait pas rapport à ma mère. Et sortant de l’hôpital, je me retrouve à nouveau dans un foyer. »
Partie 2/2
« Pendant cette période je continue de multiplier les tentatives de suicide, par médicaments ou en me coupant les veines. Le harcèlement à l’école devenait vraiment ingérable. Les violences physiques étaient de plus en plus fréquentes et ça se poursuivait sur les réseaux sociaux. Un jour, c’est allé trop loin. J’étais assis à ma place et quelqu’un m’a donné un coup de coude derrière la tête. Ma tête a tapé contre le bureau et j’ai perdu connaissance. Puis un soir au foyer, je me mets à écrire tout ce qui s’est passé avec ma mère sur un ordinateur et je décide de montrer le texte à une éducatrice. Et au fur et à mesure qu’elle le lit, je la vois se décomposer.
Le foyer décide de contacter le SPMI qui porte plainte en mon nom contre ma mère. J’ai l’impression qu’on me prend enfin au sérieux, et commence un long combat en justice. En 2020, après 5 ans de procédures, la procureure me convoque. Elle me dit : « Moi je te crois, mais il y a pas de preuve matérielle. Je peux rien faire. ». Je la regarde et j’lui dis : « En 2020 on peut violer ses gamins et s’en sortir sans rien ». Et je pars. C’est un sentiment d’injustice énorme. Je me sens vraiment abandonné par le système. Le jour où j’arrive enfin à trouver la force de parler, l’affaire est classée. J’me dis qu’en fait on en a rien à foutre de moi. Et j’ai continué à faire mes tentatives de suicide.
Aujourd’hui, je continue d’avoir des flash-backs, des cauchemars, les mêmes choses en boucle. J’essaie de gérer les angoisses que ça génère. Et j’essaie de comprendre pourquoi je peux pas marcher. En décembre 2021, j’ai fait une nouvelle crise de paralysie, et depuis je ne ressens plus mes jambes. Est-ce que je vais pouvoir remarcher un jour ? J’arrive pas à me projeter dans le futur, y a trop d’inconnus. Mais malgré tout ça, les choses commencent à se calmer un peu. J’ai de moins en moins d’idées suicidaires, et je vivais à temps plein chez mon père avant d’être en fauteuil. Son logement n’est pas adapté donc je suis dans un hôtel. Mais petit à petit, les choses commencent à s’arranger.
Y’a une autre chose qui avance plutôt positivement aussi. À mes 16 ans j’ai fait mon coming out transgenre. Donc je suis né fille et je suis en transition vers le genre masculin. Les hormones, les opérations, même si c’est lourd, c’est aussi une délivrance parce que c’est un corps qui me convenait pas et qui va de mieux en mieux vers quelque chose qui me convient. Et ça me donne des objectifs et la motivation d’avancer. Dès l’âge de 4 ans je ressentais que j’étais plutôt garçon que fille. Mais j’avais pas la place pour me questionner sur qui j’étais. Et vers 16 ans, comme c’était un peu plus calme, j’ai pu le ressentir, le vivre, et trouver des gens bienveillants autour de ça.
Entre mes 18 et 20 ans, j’ai passé plus de temps à l’hôpital qu’à la maison. J’ai 21 ans maintenant, et j’ai fait plus de tentatives de suicide que j’ai d’années de vie. Mais j’ai tellement galéré que parfois je me dis, « ça peut pas finir comme ça ». Ok, je suis pas complètement sorti d’affaire. Mais si y’a 2 ans on m’avait dit que je pourrais avoir une vision de la vie différente que juste des idées noires, j’y aurais pas cru. Et pourtant maintenant j’en fait l’expérience ! Et j’ai réalisé que ça manque les témoignages comme celui-ci. Donc en partageant mon histoire, j’espère montrer qu’il faut pas perdre de vue que ça peut s’arranger et qu’on peut s’en sortir. »