« J’ai toujours eu beaucoup de respect pour mes parents, j’avais toujours peur de les décevoir. Quand mon père disait quelque chose, c’était la loi pour moi ! Je courais me cacher dans les champs de maïs quand j’avais des mauvaises notes (rires) ! Et si je rentrais tard à la maison, j’étais battue. Mais j’ai toujours compris que c’était par amour et par inquiétude. Ils ne savaient pas montrer leur affection, mais ils m’aimaient beaucoup. Tout ce qu’ils faisaient c’était travailler, pour qu’on ait toujours de la nourriture sur la table. Mais je sentais que je ne pouvais pas m’épanouir dans ce village. Il y avait une route principale, des maisons des deux côtés, la mairie et le commissariat de police. C’est tout. Là-bas, tout le monde connaît tout le monde, et je détestais ça.

Une fois, je suis rentrée très tard de soirée, et le lendemain, tout le village l’a su. Même mes parents avant que je puisse le leur dire ! Alors moi je rêvais de vivre dans une grande ville où personne ne me connaissait. Et c’est ce qui s’est passé ! Lors de ma dernière année d’université, j’ai rencontré mon ex-mari. On a déménagé ensemble à Bucarest et j’ai trouvé un emploi dans une grande entreprise européenne. On s’est mariés après seulement un an. C’était vraiment stupide ! On était des gamins. Il était très gentil et très intelligent, mais il était accro aux jeux vidéo. Il jouait non-stop. Au début je me suis dit : ok, laisse-lui du temps. 1, 2, 3 ans sont passés, et j’étais genre : hello ! Puis il s’est fait virer parce qu’il jouait aussi au travail. C’est devenu de pire en pire…

Je vivais dans son appartement, et dès qu’on a divorcé, il m’a dit de partir immédiatement. Il criait : « Retourne chez tes parents ! » Il me menaçait même. Comment est-ce qu’on peut jeter quelqu’un dehors comme ça ? À ce moment-là, j’étais dos au mur. Je n’avais pas d’argent, pas de travail, rien. Mais je savais une chose : je ne retournerais pas à la maison. J’avais choisi de vivre à Bucarest, donc il fallait que je me sorte de cette merde. Qu’importe la manière ! Et je me suis promis une chose : plus jamais personne ne me jettera dehors ! Et c’est là que je suis tombée sur une annonce pour du travail du sexe en ligne. L’activité était en fait gérée par un couple avec un enfant depuis leur appartement ! Ils m’ont prêté de l’argent et j’ai emménagé avec eux.

Je savais que c’était sans danger de faire ce travail en ligne. Ma seule peur c’était que ma famille et mes amis le découvrent. Mais à l’époque c’était assez caché parce que c’était illégal. Officiellement, j’étais « opérateur PC ». Je devais apparaître devant la caméra sur différents sites, 20 ou 30 en même temps. Et je devais faire des trucs pour que les gens commencent à me parler. Et puis ils t’amènent en conversation privée, c’est là qu’ils paient. Et je restais des heures et des heures à parler avec eux. Ils me demandaient tous leurs fantasmes : changer de tenue, danser, jouer avec des jouets… Mais je n’ai jamais fait de trucs extrêmes. T’es pas obligée de faire quoi que ce soit. Et j’ai découvert une facette de moi-même : j’ai une bonne écoute. Je pourrais être une super psychologue (rires) !

Mais ça marchait dans les deux sens. Ils me posaient aussi des questions sur moi, et je leur racontais mon histoire pour de vrai ! Une question qu’ils posaient souvent : comment j’ai fait pour ne pas déprimer après le divorce ?  Tu sais, le divorce c’est un gros traumatisme. Et le fait d’en parler avec eux, c’est clair que ça a été comme une thérapie pour moi. Il faut exprimer ce qu’on ressent. Faut pas tout garder à l’intérieur ! Tu vois, même si ça en a l’air, ce travail c’est pas que du sexe. Les gens m’écoutaient vraiment. Et puis après ils me demandaient de changer de tenue (rires) ! En fait, j’ai bien aimé cette expérience. Et j’ai gagné beaucoup d’argent. Après quelques mois, j’ai pu emménager dans mon propre appartement et les choses ont commencé à s’améliorer.

Quand j’étais dans cette impasse, j’avais personne pour m’aider. C’est vrai, j’ai pas demandé d’aide. Mais tant mieux. Si tu prends toujours la main qui t’aide, tu restes dans une zone de confort. Je n’aurais pas été dure avec moi-même pour trouver une solution. Si je regarde en arrière maintenant, je suis fière de moi. Parce que je me suis débrouillée pour me sortir de ma propre merde. Personne n’a besoin de savoir comment j’ai fait. On a tous des squelettes dans le placard ! Dans un sens je me considère travailleuse du sexe. Mais j’ai pas besoin de cette étiquette. Ça a toujours été seulement une roue de secours. Et je sais que je peux faire mieux que ça ! Mais je ne regrette rien, car si je m’en suis sortie, c’est grâce aussi à ce travail.

Puis une fois que j’ai été assez stable, j’ai décidé d’étudier dans un institut de beauté. J’avais déjà travaillé dans des bureaux mais j’ai beaucoup trop d’énergie pour ça. J’ai besoin de bouger moi ! J’ai arrêté le sexe en ligne et j’ai trouvé un job saisonnier qui payait bien. Ça m’a permis de financer l’institut et d’économiser un peu d’argent. Au final, j’ai même réussi à acheter un studio à Bucarest. C’était un grand moment pour moi. À partir de ce moment-là je savais que personne ne me mettrait plus jamais à la porte. Ça m’a donné tellement confiance en moi ! Maintenant c’est moi qui peux mettre les gens dehors (rires) ! J’ai terminé l’institut de beauté mais je n’ai pas réussi à trouver un emploi dans le secteur. Mais j’ai toujours gardé l’espoir de travailler dans l’industrie de la beauté.

Puis récemment j’ai rencontré un homme qui vivait en Suisse. Il m’a demandé d’emménager avec lui et m’a trouvé un job dans les cosmétiques. Je suis arrivée ici l’année dernière, mais le job est tombé à l’eau… Je me suis dit : merde, je dois encore repartir de zéro ? Allez meuf, démerde-toi ! Donc j’ai recommencé à zéro : apprendre le français, faire mon CV, etc. Je suis un peu une extrémiste, hein (rires) ? Pendant que je cherchais un emploi, j’ai recommencé le sexe en ligne. Je le fais quand mon copain n’est pas à la maison. Il sait, mais pas tous les détails. Et il sait que j’ai besoin de l’argent. Récemment, j’ai enfin trouvé le travail que je voulais à Genève, dans les cosmétiques. Un travail à temps plein ! J’ai fait une demande de permis et maintenant j’attends mes papiers. J’y suis presque !

Une amie m’a demandé : comment tu fais pour ne pas perdre espoir ? On a un proverbe chez nous qui dit : donne-toi deux claques, prends une douche froide et avance ! Y’a pas de temps à perdre pour se plaindre ! Lève-toi et fais quelque chose ! Je ne dis pas que c’est facile, je dois affronter beaucoup d’emmerdes ! Et je ne suis pas encore satisfaite de l’image que j’ai de moi-même. Mais je dois rester concentrée sur l’objectif : redevenir indépendante et progresser dans le domaine de la beauté. Les leçons importantes de la vie, tu les apprends dans la douleur, ça je te le dis. Si tu restes à la maison à regarder Netflix et à manger du pop-corn, tu crois que tu vas te bouger ? Non ! Frappe-toi la tête contre le mur et apprends ta leçon. La vie n’est pas facile ! A moins que tu sois née dans une famille riche, tu vas devoir te battre. »

Publiée dans le cadre de la mini-série « 90’000 choses dans la tête », réalisée en partenariat avec Aspasie. | Traduit de l’anglais

« J’ai toujours eu beaucoup de respect pour mes parents, j’avais toujours peur de les décevoir. Quand mon père disait quelque chose, c’était la loi pour moi ! Je courais me cacher dans les champs de maïs quand j’avais des mauvaises notes (rires) ! Et si je rentrais tard à la maison, j’étais battue. Mais j’ai toujours compris que c’était par amour et par inquiétude. Ils ne savaient pas montrer leur affection, mais ils m’aimaient beaucoup. Tout ce qu’ils faisaient c’était travailler, pour qu’on ait toujours de la nourriture sur la table. Mais je sentais que je ne pouvais pas m’épanouir dans ce village. Il y avait une route principale, des maisons des deux côtés, la mairie et le commissariat de police. C’est tout. Là-bas, tout le monde connaît tout le monde, et je détestais ça.

Une fois, je suis rentrée très tard de soirée, et le lendemain, tout le village l’a su. Même mes parents avant que je puisse le leur dire ! Alors moi je rêvais de vivre dans une grande ville où personne ne me connaissait. Et c’est ce qui s’est passé ! Lors de ma dernière année d’université, j’ai rencontré mon ex-mari. On a déménagé ensemble à Bucarest et j’ai trouvé un emploi dans une grande entreprise européenne. On s’est mariés après seulement un an. C’était vraiment stupide ! On était des gamins. Il était très gentil et très intelligent, mais il était accro aux jeux vidéo. Il jouait non-stop. Au début je me suis dit : ok, laisse-lui du temps. 1, 2, 3 ans sont passés, et j’étais genre : hello ! Puis il s’est fait virer parce qu’il jouait aussi au travail. C’est devenu de pire en pire…

Je vivais dans son appartement, et dès qu’on a divorcé, il m’a dit de partir immédiatement. Il criait : « Retourne chez tes parents ! » Il me menaçait même. Comment est-ce qu’on peut jeter quelqu’un dehors comme ça ? À ce moment-là, j’étais dos au mur. Je n’avais pas d’argent, pas de travail, rien. Mais je savais une chose : je ne retournerais pas à la maison. J’avais choisi de vivre à Bucarest, donc il fallait que je me sorte de cette merde. Qu’importe la manière ! Et je me suis promis une chose : plus jamais personne ne me jettera dehors ! Et c’est là que je suis tombée sur une annonce pour du travail du sexe en ligne. L’activité était en fait gérée par un couple avec un enfant depuis leur appartement ! Ils m’ont prêté de l’argent et j’ai emménagé avec eux.

Je savais que c’était sans danger de faire ce travail en ligne. Ma seule peur c’était que ma famille et mes amis le découvrent. Mais à l’époque c’était assez caché parce que c’était illégal. Officiellement, j’étais « opérateur PC ». Je devais apparaître devant la caméra sur différents sites, 20 ou 30 en même temps. Et je devais faire des trucs pour que les gens commencent à me parler. Et puis ils t’amènent en conversation privée, c’est là qu’ils paient. Et je restais des heures et des heures à parler avec eux. Ils me demandaient tous leurs fantasmes : changer de tenue, danser, jouer avec des jouets… Mais je n’ai jamais fait de trucs extrêmes. T’es pas obligée de faire quoi que ce soit. Et j’ai découvert une facette de moi-même : j’ai une bonne écoute. Je pourrais être une super psychologue (rires) !

Mais ça marchait dans les deux sens. Ils me posaient aussi des questions sur moi, et je leur racontais mon histoire pour de vrai ! Une question qu’ils posaient souvent : comment j’ai fait pour ne pas déprimer après le divorce ?  Tu sais, le divorce c’est un gros traumatisme. Et le fait d’en parler avec eux, c’est clair que ça a été comme une thérapie pour moi. Il faut exprimer ce qu’on ressent. Faut pas tout garder à l’intérieur ! Tu vois, même si ça en a l’air, ce travail c’est pas que du sexe. Les gens m’écoutaient vraiment. Et puis après ils me demandaient de changer de tenue (rires) ! En fait, j’ai bien aimé cette expérience. Et j’ai gagné beaucoup d’argent. Après quelques mois, j’ai pu emménager dans mon propre appartement et les choses ont commencé à s’améliorer.

Quand j’étais dans cette impasse, j’avais personne pour m’aider. C’est vrai, j’ai pas demandé d’aide. Mais tant mieux. Si tu prends toujours la main qui t’aide, tu restes dans une zone de confort. Je n’aurais pas été dure avec moi-même pour trouver une solution. Si je regarde en arrière maintenant, je suis fière de moi. Parce que je me suis débrouillée pour me sortir de ma propre merde. Personne n’a besoin de savoir comment j’ai fait. On a tous des squelettes dans le placard ! Dans un sens je me considère travailleuse du sexe. Mais j’ai pas besoin de cette étiquette. Ça a toujours été seulement une roue de secours. Et je sais que je peux faire mieux que ça ! Mais je ne regrette rien, car si je m’en suis sortie, c’est grâce aussi à ce travail.

Puis une fois que j’ai été assez stable, j’ai décidé d’étudier dans un institut de beauté. J’avais déjà travaillé dans des bureaux mais j’ai beaucoup trop d’énergie pour ça. J’ai besoin de bouger moi ! J’ai arrêté le sexe en ligne et j’ai trouvé un job saisonnier qui payait bien. Ça m’a permis de financer l’institut et d’économiser un peu d’argent. Au final, j’ai même réussi à acheter un studio à Bucarest. C’était un grand moment pour moi. À partir de ce moment-là je savais que personne ne me mettrait plus jamais à la porte. Ça m’a donné tellement confiance en moi ! Maintenant c’est moi qui peux mettre les gens dehors (rires) ! J’ai terminé l’institut de beauté mais je n’ai pas réussi à trouver un emploi dans le secteur. Mais j’ai toujours gardé l’espoir de travailler dans l’industrie de la beauté.

Puis récemment j’ai rencontré un homme qui vivait en Suisse. Il m’a demandé d’emménager avec lui et m’a trouvé un job dans les cosmétiques. Je suis arrivée ici l’année dernière, mais le job est tombé à l’eau… Je me suis dit : merde, je dois encore repartir de zéro ? Allez meuf, démerde-toi ! Donc j’ai recommencé à zéro : apprendre le français, faire mon CV, etc. Je suis un peu une extrémiste, hein (rires) ? Pendant que je cherchais un emploi, j’ai recommencé le sexe en ligne. Je le fais quand mon copain n’est pas à la maison. Il sait, mais pas tous les détails. Et il sait que j’ai besoin de l’argent. Récemment, j’ai enfin trouvé le travail que je voulais à Genève, dans les cosmétiques. Un travail à temps plein ! J’ai fait une demande de permis et maintenant j’attends mes papiers. J’y suis presque !

Une amie m’a demandé : comment tu fais pour ne pas perdre espoir ? On a un proverbe chez nous qui dit : donne-toi deux claques, prends une douche froide et avance ! Y’a pas de temps à perdre pour se plaindre ! Lève-toi et fais quelque chose ! Je ne dis pas que c’est facile, je dois affronter beaucoup d’emmerdes ! Et je ne suis pas encore satisfaite de l’image que j’ai de moi-même. Mais je dois rester concentrée sur l’objectif : redevenir indépendante et progresser dans le domaine de la beauté. Les leçons importantes de la vie, tu les apprends dans la douleur, ça je te le dis. Si tu restes à la maison à regarder Netflix et à manger du pop-corn, tu crois que tu vas te bouger ? Non ! Frappe-toi la tête contre le mur et apprends ta leçon. La vie n’est pas facile ! A moins que tu sois née dans une famille riche, tu vas devoir te battre. »

Publiée dans le cadre de la mini-série « 90’000 choses dans la tête », réalisée en partenariat avec Aspasie. | Traduit de l’anglais

Publié le: 31 mai 2023

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« J’ai toujours eu beaucoup de respect pour mes parents, j’avais toujours peur de les décevoir. Quand mon père disait quelque chose, c’était la loi pour moi ! Je courais me cacher dans les champs de maïs quand j’avais des mauvaises notes (rires) ! Et si je rentrais tard à la maison, j’étais battue. Mais j’ai toujours compris que c’était par amour et par inquiétude. Ils ne savaient pas montrer leur affection, mais ils m’aimaient beaucoup. Tout ce qu’ils faisaient c’était travailler, pour qu’on ait toujours de la nourriture sur la table. Mais je sentais que je ne pouvais pas m’épanouir dans ce village. Il y avait une route principale, des maisons des deux côtés, la mairie et le commissariat de police. C’est tout. Là-bas, tout le monde connaît tout le monde, et je détestais ça.

Une fois, je suis rentrée très tard de soirée, et le lendemain, tout le village l’a su. Même mes parents avant que je puisse le leur dire ! Alors moi je rêvais de vivre dans une grande ville où personne ne me connaissait. Et c’est ce qui s’est passé ! Lors de ma dernière année d’université, j’ai rencontré mon ex-mari. On a déménagé ensemble à Bucarest et j’ai trouvé un emploi dans une grande entreprise européenne. On s’est mariés après seulement un an. C’était vraiment stupide ! On était des gamins. Il était très gentil et très intelligent, mais il était accro aux jeux vidéo. Il jouait non-stop. Au début je me suis dit : ok, laisse-lui du temps. 1, 2, 3 ans sont passés, et j’étais genre : hello ! Puis il s’est fait virer parce qu’il jouait aussi au travail. C’est devenu de pire en pire…

Je vivais dans son appartement, et dès qu’on a divorcé, il m’a dit de partir immédiatement. Il criait : « Retourne chez tes parents ! » Il me menaçait même. Comment est-ce qu’on peut jeter quelqu’un dehors comme ça ? À ce moment-là, j’étais dos au mur. Je n’avais pas d’argent, pas de travail, rien. Mais je savais une chose : je ne retournerais pas à la maison. J’avais choisi de vivre à Bucarest, donc il fallait que je me sorte de cette merde. Qu’importe la manière ! Et je me suis promis une chose : plus jamais personne ne me jettera dehors ! Et c’est là que je suis tombée sur une annonce pour du travail du sexe en ligne. L’activité était en fait gérée par un couple avec un enfant depuis leur appartement ! Ils m’ont prêté de l’argent et j’ai emménagé avec eux.

Je savais que c’était sans danger de faire ce travail en ligne. Ma seule peur c’était que ma famille et mes amis le découvrent. Mais à l’époque c’était assez caché parce que c’était illégal. Officiellement, j’étais « opérateur PC ». Je devais apparaître devant la caméra sur différents sites, 20 ou 30 en même temps. Et je devais faire des trucs pour que les gens commencent à me parler. Et puis ils t’amènent en conversation privée, c’est là qu’ils paient. Et je restais des heures et des heures à parler avec eux. Ils me demandaient tous leurs fantasmes : changer de tenue, danser, jouer avec des jouets… Mais je n’ai jamais fait de trucs extrêmes. T’es pas obligée de faire quoi que ce soit. Et j’ai découvert une facette de moi-même : j’ai une bonne écoute. Je pourrais être une super psychologue (rires) !

Mais ça marchait dans les deux sens. Ils me posaient aussi des questions sur moi, et je leur racontais mon histoire pour de vrai ! Une question qu’ils posaient souvent : comment j’ai fait pour ne pas déprimer après le divorce ?  Tu sais, le divorce c’est un gros traumatisme. Et le fait d’en parler avec eux, c’est clair que ça a été comme une thérapie pour moi. Il faut exprimer ce qu’on ressent. Faut pas tout garder à l’intérieur ! Tu vois, même si ça en a l’air, ce travail c’est pas que du sexe. Les gens m’écoutaient vraiment. Et puis après ils me demandaient de changer de tenue (rires) ! En fait, j’ai bien aimé cette expérience. Et j’ai gagné beaucoup d’argent. Après quelques mois, j’ai pu emménager dans mon propre appartement et les choses ont commencé à s’améliorer.

Quand j’étais dans cette impasse, j’avais personne pour m’aider. C’est vrai, j’ai pas demandé d’aide. Mais tant mieux. Si tu prends toujours la main qui t’aide, tu restes dans une zone de confort. Je n’aurais pas été dure avec moi-même pour trouver une solution. Si je regarde en arrière maintenant, je suis fière de moi. Parce que je me suis débrouillée pour me sortir de ma propre merde. Personne n’a besoin de savoir comment j’ai fait. On a tous des squelettes dans le placard ! Dans un sens je me considère travailleuse du sexe. Mais j’ai pas besoin de cette étiquette. Ça a toujours été seulement une roue de secours. Et je sais que je peux faire mieux que ça ! Mais je ne regrette rien, car si je m’en suis sortie, c’est grâce aussi à ce travail.

Puis une fois que j’ai été assez stable, j’ai décidé d’étudier dans un institut de beauté. J’avais déjà travaillé dans des bureaux mais j’ai beaucoup trop d’énergie pour ça. J’ai besoin de bouger moi ! J’ai arrêté le sexe en ligne et j’ai trouvé un job saisonnier qui payait bien. Ça m’a permis de financer l’institut et d’économiser un peu d’argent. Au final, j’ai même réussi à acheter un studio à Bucarest. C’était un grand moment pour moi. À partir de ce moment-là je savais que personne ne me mettrait plus jamais à la porte. Ça m’a donné tellement confiance en moi ! Maintenant c’est moi qui peux mettre les gens dehors (rires) ! J’ai terminé l’institut de beauté mais je n’ai pas réussi à trouver un emploi dans le secteur. Mais j’ai toujours gardé l’espoir de travailler dans l’industrie de la beauté.

Puis récemment j’ai rencontré un homme qui vivait en Suisse. Il m’a demandé d’emménager avec lui et m’a trouvé un job dans les cosmétiques. Je suis arrivée ici l’année dernière, mais le job est tombé à l’eau… Je me suis dit : merde, je dois encore repartir de zéro ? Allez meuf, démerde-toi ! Donc j’ai recommencé à zéro : apprendre le français, faire mon CV, etc. Je suis un peu une extrémiste, hein (rires) ? Pendant que je cherchais un emploi, j’ai recommencé le sexe en ligne. Je le fais quand mon copain n’est pas à la maison. Il sait, mais pas tous les détails. Et il sait que j’ai besoin de l’argent. Récemment, j’ai enfin trouvé le travail que je voulais à Genève, dans les cosmétiques. Un travail à temps plein ! J’ai fait une demande de permis et maintenant j’attends mes papiers. J’y suis presque !

Une amie m’a demandé : comment tu fais pour ne pas perdre espoir ? On a un proverbe chez nous qui dit : donne-toi deux claques, prends une douche froide et avance ! Y’a pas de temps à perdre pour se plaindre ! Lève-toi et fais quelque chose ! Je ne dis pas que c’est facile, je dois affronter beaucoup d’emmerdes ! Et je ne suis pas encore satisfaite de l’image que j’ai de moi-même. Mais je dois rester concentrée sur l’objectif : redevenir indépendante et progresser dans le domaine de la beauté. Les leçons importantes de la vie, tu les apprends dans la douleur, ça je te le dis. Si tu restes à la maison à regarder Netflix et à manger du pop-corn, tu crois que tu vas te bouger ? Non ! Frappe-toi la tête contre le mur et apprends ta leçon. La vie n’est pas facile ! A moins que tu sois née dans une famille riche, tu vas devoir te battre. »

Publiée dans le cadre de la mini-série « 90’000 choses dans la tête », réalisée en partenariat avec Aspasie. | Traduit de l’anglais

« J’ai toujours eu beaucoup de respect pour mes parents, j’avais toujours peur de les décevoir. Quand mon père disait quelque chose, c’était la loi pour moi ! Je courais me cacher dans les champs de maïs quand j’avais des mauvaises notes (rires) ! Et si je rentrais tard à la maison, j’étais battue. Mais j’ai toujours compris que c’était par amour et par inquiétude. Ils ne savaient pas montrer leur affection, mais ils m’aimaient beaucoup. Tout ce qu’ils faisaient c’était travailler, pour qu’on ait toujours de la nourriture sur la table. Mais je sentais que je ne pouvais pas m’épanouir dans ce village. Il y avait une route principale, des maisons des deux côtés, la mairie et le commissariat de police. C’est tout. Là-bas, tout le monde connaît tout le monde, et je détestais ça.

Une fois, je suis rentrée très tard de soirée, et le lendemain, tout le village l’a su. Même mes parents avant que je puisse le leur dire ! Alors moi je rêvais de vivre dans une grande ville où personne ne me connaissait. Et c’est ce qui s’est passé ! Lors de ma dernière année d’université, j’ai rencontré mon ex-mari. On a déménagé ensemble à Bucarest et j’ai trouvé un emploi dans une grande entreprise européenne. On s’est mariés après seulement un an. C’était vraiment stupide ! On était des gamins. Il était très gentil et très intelligent, mais il était accro aux jeux vidéo. Il jouait non-stop. Au début je me suis dit : ok, laisse-lui du temps. 1, 2, 3 ans sont passés, et j’étais genre : hello ! Puis il s’est fait virer parce qu’il jouait aussi au travail. C’est devenu de pire en pire…

Je vivais dans son appartement, et dès qu’on a divorcé, il m’a dit de partir immédiatement. Il criait : « Retourne chez tes parents ! » Il me menaçait même. Comment est-ce qu’on peut jeter quelqu’un dehors comme ça ? À ce moment-là, j’étais dos au mur. Je n’avais pas d’argent, pas de travail, rien. Mais je savais une chose : je ne retournerais pas à la maison. J’avais choisi de vivre à Bucarest, donc il fallait que je me sorte de cette merde. Qu’importe la manière ! Et je me suis promis une chose : plus jamais personne ne me jettera dehors ! Et c’est là que je suis tombée sur une annonce pour du travail du sexe en ligne. L’activité était en fait gérée par un couple avec un enfant depuis leur appartement ! Ils m’ont prêté de l’argent et j’ai emménagé avec eux.

Je savais que c’était sans danger de faire ce travail en ligne. Ma seule peur c’était que ma famille et mes amis le découvrent. Mais à l’époque c’était assez caché parce que c’était illégal. Officiellement, j’étais « opérateur PC ». Je devais apparaître devant la caméra sur différents sites, 20 ou 30 en même temps. Et je devais faire des trucs pour que les gens commencent à me parler. Et puis ils t’amènent en conversation privée, c’est là qu’ils paient. Et je restais des heures et des heures à parler avec eux. Ils me demandaient tous leurs fantasmes : changer de tenue, danser, jouer avec des jouets… Mais je n’ai jamais fait de trucs extrêmes. T’es pas obligée de faire quoi que ce soit. Et j’ai découvert une facette de moi-même : j’ai une bonne écoute. Je pourrais être une super psychologue (rires) !

Mais ça marchait dans les deux sens. Ils me posaient aussi des questions sur moi, et je leur racontais mon histoire pour de vrai ! Une question qu’ils posaient souvent : comment j’ai fait pour ne pas déprimer après le divorce ?  Tu sais, le divorce c’est un gros traumatisme. Et le fait d’en parler avec eux, c’est clair que ça a été comme une thérapie pour moi. Il faut exprimer ce qu’on ressent. Faut pas tout garder à l’intérieur ! Tu vois, même si ça en a l’air, ce travail c’est pas que du sexe. Les gens m’écoutaient vraiment. Et puis après ils me demandaient de changer de tenue (rires) ! En fait, j’ai bien aimé cette expérience. Et j’ai gagné beaucoup d’argent. Après quelques mois, j’ai pu emménager dans mon propre appartement et les choses ont commencé à s’améliorer.

Quand j’étais dans cette impasse, j’avais personne pour m’aider. C’est vrai, j’ai pas demandé d’aide. Mais tant mieux. Si tu prends toujours la main qui t’aide, tu restes dans une zone de confort. Je n’aurais pas été dure avec moi-même pour trouver une solution. Si je regarde en arrière maintenant, je suis fière de moi. Parce que je me suis débrouillée pour me sortir de ma propre merde. Personne n’a besoin de savoir comment j’ai fait. On a tous des squelettes dans le placard ! Dans un sens je me considère travailleuse du sexe. Mais j’ai pas besoin de cette étiquette. Ça a toujours été seulement une roue de secours. Et je sais que je peux faire mieux que ça ! Mais je ne regrette rien, car si je m’en suis sortie, c’est grâce aussi à ce travail.

Puis une fois que j’ai été assez stable, j’ai décidé d’étudier dans un institut de beauté. J’avais déjà travaillé dans des bureaux mais j’ai beaucoup trop d’énergie pour ça. J’ai besoin de bouger moi ! J’ai arrêté le sexe en ligne et j’ai trouvé un job saisonnier qui payait bien. Ça m’a permis de financer l’institut et d’économiser un peu d’argent. Au final, j’ai même réussi à acheter un studio à Bucarest. C’était un grand moment pour moi. À partir de ce moment-là je savais que personne ne me mettrait plus jamais à la porte. Ça m’a donné tellement confiance en moi ! Maintenant c’est moi qui peux mettre les gens dehors (rires) ! J’ai terminé l’institut de beauté mais je n’ai pas réussi à trouver un emploi dans le secteur. Mais j’ai toujours gardé l’espoir de travailler dans l’industrie de la beauté.

Puis récemment j’ai rencontré un homme qui vivait en Suisse. Il m’a demandé d’emménager avec lui et m’a trouvé un job dans les cosmétiques. Je suis arrivée ici l’année dernière, mais le job est tombé à l’eau… Je me suis dit : merde, je dois encore repartir de zéro ? Allez meuf, démerde-toi ! Donc j’ai recommencé à zéro : apprendre le français, faire mon CV, etc. Je suis un peu une extrémiste, hein (rires) ? Pendant que je cherchais un emploi, j’ai recommencé le sexe en ligne. Je le fais quand mon copain n’est pas à la maison. Il sait, mais pas tous les détails. Et il sait que j’ai besoin de l’argent. Récemment, j’ai enfin trouvé le travail que je voulais à Genève, dans les cosmétiques. Un travail à temps plein ! J’ai fait une demande de permis et maintenant j’attends mes papiers. J’y suis presque !

Une amie m’a demandé : comment tu fais pour ne pas perdre espoir ? On a un proverbe chez nous qui dit : donne-toi deux claques, prends une douche froide et avance ! Y’a pas de temps à perdre pour se plaindre ! Lève-toi et fais quelque chose ! Je ne dis pas que c’est facile, je dois affronter beaucoup d’emmerdes ! Et je ne suis pas encore satisfaite de l’image que j’ai de moi-même. Mais je dois rester concentrée sur l’objectif : redevenir indépendante et progresser dans le domaine de la beauté. Les leçons importantes de la vie, tu les apprends dans la douleur, ça je te le dis. Si tu restes à la maison à regarder Netflix et à manger du pop-corn, tu crois que tu vas te bouger ? Non ! Frappe-toi la tête contre le mur et apprends ta leçon. La vie n’est pas facile ! A moins que tu sois née dans une famille riche, tu vas devoir te battre. »

Publiée dans le cadre de la mini-série « 90’000 choses dans la tête », réalisée en partenariat avec Aspasie. | Traduit de l’anglais

Publié le: 31 mai 2023

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