« Quand je suis arrivée en Suisse y’a 4 ans, j’ai pensé : je suis à nouveau un enfant. Tu recommences à apprendre à parler, à entendre des choses que t’as jamais entendues. Au début, quand une personne venait dans ma direction, je m’échappais parce que je savais pas quoi dire (rires) ! Et c’était difficile d’être dépendante de mon mari. J’avais déjà une vie au Brésil, j’habitais toute seule, et j’étais psychologue depuis 2 ans. Et ici, je devais demander à mon mari de l’argent pour acheter quelque chose, et tout.

J’ai aussi recommencé toute ma vie professionnelle. Ici tu as beaucoup de factures à payer, alors j’ai priorisé le travail. J’ai travaillé comme nounou et dans une agence de nettoyage. C’était dur. Je me souviens d’un jour où je faisais le nettoyage à Uni Mail, je suis rentrée dans une salle et j’ai commencé à pleurer. À ce moment-là j’aurais aimé être de l’autre côté comme étudiante. Ça m’a fait trop mal à mon auto-estime. Mais c’est la vie d’un étranger qui fait l’expatriation, et j’ai la conscience que tout ça m’a aidée. Maintenant je travaille au Burger King. C’est un peu dur, mais mon français s’est amélioré, alors je suis très contente.

Je viens d’avoir la reconnaissance de mon diplôme en psychologie, je commence à avoir de l’espoir. Depuis petite j’ai toujours dit que j’aimerais être psychologue. J’aime aider les gens, parler avec eux. Ça fait partie de moi. Tout être humain a envie de parler, de ses douleurs, ses souffrances. Et je pense que d’écouter ça aide beaucoup. Mais ici il faut faire 5 ans de formation en plus des études. Et pour ça je dois d’abord passer mon diplôme de français.

J’ai un long chemin, j’en ai conscience. C’est pas facile avec mon âge, avec tout ce que j’ai vécu. Je suis un peu fatiguée parce que j’ai l’impression que pendant toute ma vie je me suis battue. Je viens d’origines très pauvres. Nos parents ils se sont beaucoup battus pour nous. Et même avec notre vie qui était très dure, on a réussi. Mais j’ai choisi de vivre ici, et maintenant il faut que je recommence. Je sais que je dois encore me battre. Mais cette petite fille que j’étais, elle est fière parce qu’aujourd’hui je suis une femme plus sûre d’elle-même. »

(Quai Gustave Ador)

 

Publié le: 16 juillet 2021

« Quand je suis arrivée en Suisse y’a 4 ans, j’ai pensé : je suis à nouveau un enfant. Tu recommences à apprendre à parler, à entendre des choses que t’as jamais entendues. Au début, quand une personne venait dans ma direction, je m’échappais parce que je savais pas quoi dire (rires) ! Et c’était difficile d’être dépendante de mon mari. J’avais déjà une vie au Brésil, j’habitais toute seule, et j’étais psychologue depuis 2 ans. Et ici, je devais demander à mon mari de l’argent pour acheter quelque chose, et tout.

J’ai aussi recommencé toute ma vie professionnelle. Ici tu as beaucoup de factures à payer, alors j’ai priorisé le travail. J’ai travaillé comme nounou et dans une agence de nettoyage. C’était dur. Je me souviens d’un jour où je faisais le nettoyage à Uni Mail, je suis rentrée dans une salle et j’ai commencé à pleurer. À ce moment-là j’aurais aimé être de l’autre côté comme étudiante. Ça m’a fait trop mal à mon auto-estime. Mais c’est la vie d’un étranger qui fait l’expatriation, et j’ai la conscience que tout ça m’a aidée. Maintenant je travaille au Burger King. C’est un peu dur, mais mon français s’est amélioré, alors je suis très contente.

Je viens d’avoir la reconnaissance de mon diplôme en psychologie, je commence à avoir de l’espoir. Depuis petite j’ai toujours dit que j’aimerais être psychologue. J’aime aider les gens, parler avec eux. Ça fait partie de moi. Tout être humain a envie de parler, de ses douleurs, ses souffrances. Et je pense que d’écouter ça aide beaucoup. Mais ici il faut faire 5 ans de formation en plus des études. Et pour ça je dois d’abord passer mon diplôme de français.

J’ai un long chemin, j’en ai conscience. C’est pas facile avec mon âge, avec tout ce que j’ai vécu. Je suis un peu fatiguée parce que j’ai l’impression que pendant toute ma vie je me suis battue. Je viens d’origines très pauvres. Nos parents ils se sont beaucoup battus pour nous. Et même avec notre vie qui était très dure, on a réussi. Mais j’ai choisi de vivre ici, et maintenant il faut que je recommence. Je sais que je dois encore me battre. Mais cette petite fille que j’étais, elle est fière parce qu’aujourd’hui je suis une femme plus sûre d’elle-même. »

(Quai Gustave Ador)

 

Publié le: 16 juillet 2021