« Je suis créole à la base, de la Réunion. Je suis arrivé en France j’avais 10 ans, et j’ai vite compris certaines bases métropolitaines. Le racisme était très prégnant dans le sud de la France. On était une des premières familles un petit peu typées, et j’étais considéré comme pas Français du tout, même étant d’une île française. Ça a été des railleries au sujet de la couleur de peau, au sujet de l’accent, « Regardez, il est bizarre ». Ça a duré plus de deux ans. Moi j’ai arrêté de parler du coup. J’ai fermé ma gueule de mes 10 ans à mes 12 ans. Plus rien, aucun mot. Ça ne servait plus à rien de parler.

Jusqu’au jour où j’arrive à la cantine, et un élève est venu me voir en me disant : « Va te laver les mains, t’es sale ! ». Et là, je sais pas pourquoi, mon sang a fait une sorte de demi-tour, j’ai sauté les deux têtes qui me séparaient de son nez et je lui ai explosé le nez (rires) ! C’était le premier et seul acte de violence que j’ai eu de toute ma vie, mais qui a été… franchement jouissif. C’était trop, ça faisait des années que je subissais ça en fermant ma grande gueule, et c’était plus possible.

Ses parents sont venus à la maison le soir-même en demandant à leur enfant de s’excuser. Sa famille était tunisienne, ses parents avaient galéré pour venir jusqu’ici et permettre à leur enfant d’aller à l’école. Ils avaient aussi subi ce genre de racisme et lui était en train de reproduire la même chose qu’eux avaient subie !

Et après cette histoire, j’ai parlé (rires) ! J’ai eu cette force de me dire : c’est à toi de leur dire stop en fait, parce qu’eux ils arrêteront pas. Et ça a changé complètement leur rapport avec moi. Kevin m’a invité le lendemain chez lui pour la première fois, et dans les semaines qui ont suivi, j’ai été invité à l’anniversaire d’Alicia. Du coup, oui, la méchanceté n’empêche pas la gentillesse. C’est fou quand même ! Alors oui, la plupart des enfants sont méchants… faut se l’avouer. J’ai bossé dans le système éducatif pendant plus de 2 ans et je l’ai bien vu. Mais ils peuvent faire preuve d’une gentillesse encore plus grande. Mais quand on leur permet, quand on leur apprend à le faire. »

(Carouge)

 

Note: Ce monsieur avait déjà partagé une histoire sur sa famille qui avait été publiée le 18 janvier 2021. Au fil de notre conversation, il a raconté cette autre histoire que j’ai décidé de publier séparément.

Publié le: 15 juin 2021

« Je suis créole à la base, de la Réunion. Je suis arrivé en France j’avais 10 ans, et j’ai vite compris certaines bases métropolitaines. Le racisme était très prégnant dans le sud de la France. On était une des premières familles un petit peu typées, et j’étais considéré comme pas Français du tout, même étant d’une île française. Ça a été des railleries au sujet de la couleur de peau, au sujet de l’accent, « Regardez, il est bizarre ». Ça a duré plus de deux ans. Moi j’ai arrêté de parler du coup. J’ai fermé ma gueule de mes 10 ans à mes 12 ans. Plus rien, aucun mot. Ça ne servait plus à rien de parler.

Jusqu’au jour où j’arrive à la cantine, et un élève est venu me voir en me disant : « Va te laver les mains, t’es sale ! ». Et là, je sais pas pourquoi, mon sang a fait une sorte de demi-tour, j’ai sauté les deux têtes qui me séparaient de son nez et je lui ai explosé le nez (rires) ! C’était le premier et seul acte de violence que j’ai eu de toute ma vie, mais qui a été… franchement jouissif. C’était trop, ça faisait des années que je subissais ça en fermant ma grande gueule, et c’était plus possible.

Ses parents sont venus à la maison le soir-même en demandant à leur enfant de s’excuser. Sa famille était tunisienne, ses parents avaient galéré pour venir jusqu’ici et permettre à leur enfant d’aller à l’école. Ils avaient aussi subi ce genre de racisme et lui était en train de reproduire la même chose qu’eux avaient subie !

Et après cette histoire, j’ai parlé (rires) ! J’ai eu cette force de me dire : c’est à toi de leur dire stop en fait, parce qu’eux ils arrêteront pas. Et ça a changé complètement leur rapport avec moi. Kevin m’a invité le lendemain chez lui pour la première fois, et dans les semaines qui ont suivi, j’ai été invité à l’anniversaire d’Alicia. Du coup, oui, la méchanceté n’empêche pas la gentillesse. C’est fou quand même ! Alors oui, la plupart des enfants sont méchants… faut se l’avouer. J’ai bossé dans le système éducatif pendant plus de 2 ans et je l’ai bien vu. Mais ils peuvent faire preuve d’une gentillesse encore plus grande. Mais quand on leur permet, quand on leur apprend à le faire. »

(Carouge)

 

Note: Ce monsieur avait déjà partagé une histoire sur sa famille qui avait été publiée le 18 janvier 2021. Au fil de notre conversation, il a raconté cette autre histoire que j’ai décidé de publier séparément.

Publié le: 15 juin 2021