« Je suis né à Qamichli, dans le Kurdistan syrien. Avant la guerre c’était bien. Mais après c’était vraiment dur. À 14 ans je suis parti de chez moi et je suis entré dans l’armée pendant 4 ans. J’étais avec les YPG kurdes [Unités de protection du peuple]. Mon père il m’a dit de ne pas partir, mais je l’ai pas écouté.

On était dans le Sahara et on se battait contre Daesh. Moi j’étais à Ras al-Aïn, c’est à côté de la Turquie. La guerre c’était vraiment difficile, monsieur. Pendant 1 an et demi j’ai pas vu mes parents et mes frères. Je faisais juste la guerre. Et j’ai vu beaucoup de choses. J’ai vu comment les gens ils sont morts. Le soir on dormait pas. On regardait s’ils arrivaient. Ils pouvaient venir n’importe quand. Parfois 2 heures du matin, 4 heures, 8 heures… on ne sait pas. Juste on attend. Et après on tirait. C’était difficile. Moi parfois quand j’y repense, j’ai peur.

Une fois on était 10 et Daesh nous a attaqués. J’étais dans une maison et j’ai vu un tank tirer sur moi. J’ai couru et Hamdoullah, Dieu m’a sauvé. Après, des hommes de Daesh sont arrivés vers moi. Moi j’ai pris une grenade, je l’ai ouverte et j’ai dit : « Si vous vous approchez, je la jette. » Ils ont avancé, je l’ai jetée et j’ai couru. Et pendant 2 ou 3 heures j’ai continué à courir. C’était vraiment difficile. Sur les 10, 4 sont morts et 2 ont été attrapés.

Pour ma famille aussi c’était vraiment difficile. Ma mère et mon père avaient toujours peur pour moi, si j’allais mourir. J’ai 5 frères et 2 autres ont aussi fait la guerre. Mais aucun n’est mort, Hamdoullah. Après j’ai pris une balle dans le genou et puis on est venus en Suisse en 2015. Ma tante était là depuis 20 ou 30 ans et elle a fait la demande pour nous. Mon rêve c’était que je travaille comme mon père. Mais maintenant j’ai pas de rêve. En Syrie on était vraiment riches. Maintenant c’est tout parti : la maison, le magasin, la voiture, tout. Mais on dit : ok, c’est tout parti, mais nous on est encore là. »

(Les Charmilles)

Publié le: 7 décembre 2021

« Je suis né à Qamichli, dans le Kurdistan syrien. Avant la guerre c’était bien. Mais après c’était vraiment dur. À 14 ans je suis parti de chez moi et je suis entré dans l’armée pendant 4 ans. J’étais avec les YPG kurdes [Unités de protection du peuple]. Mon père il m’a dit de ne pas partir, mais je l’ai pas écouté.

On était dans le Sahara et on se battait contre Daesh. Moi j’étais à Ras al-Aïn, c’est à côté de la Turquie. La guerre c’était vraiment difficile, monsieur. Pendant 1 an et demi j’ai pas vu mes parents et mes frères. Je faisais juste la guerre. Et j’ai vu beaucoup de choses. J’ai vu comment les gens ils sont morts. Le soir on dormait pas. On regardait s’ils arrivaient. Ils pouvaient venir n’importe quand. Parfois 2 heures du matin, 4 heures, 8 heures… on ne sait pas. Juste on attend. Et après on tirait. C’était difficile. Moi parfois quand j’y repense, j’ai peur.

Une fois on était 10 et Daesh nous a attaqués. J’étais dans une maison et j’ai vu un tank tirer sur moi. J’ai couru et Hamdoullah, Dieu m’a sauvé. Après, des hommes de Daesh sont arrivés vers moi. Moi j’ai pris une grenade, je l’ai ouverte et j’ai dit : « Si vous vous approchez, je la jette. » Ils ont avancé, je l’ai jetée et j’ai couru. Et pendant 2 ou 3 heures j’ai continué à courir. C’était vraiment difficile. Sur les 10, 4 sont morts et 2 ont été attrapés.

Pour ma famille aussi c’était vraiment difficile. Ma mère et mon père avaient toujours peur pour moi, si j’allais mourir. J’ai 5 frères et 2 autres ont aussi fait la guerre. Mais aucun n’est mort, Hamdoullah. Après j’ai pris une balle dans le genou et puis on est venus en Suisse en 2015. Ma tante était là depuis 20 ou 30 ans et elle a fait la demande pour nous. Mon rêve c’était que je travaille comme mon père. Mais maintenant j’ai pas de rêve. En Syrie on était vraiment riches. Maintenant c’est tout parti : la maison, le magasin, la voiture, tout. Mais on dit : ok, c’est tout parti, mais nous on est encore là. »

(Les Charmilles)

Publié le: 7 décembre 2021