« J’ai eu une éducation turque, et j’ai grandi en Europe. Ça a toujours été compliqué, j’ai eu beaucoup de restrictions. Dans la culture orientale la famille c’est très important et beaucoup de sujets sont assez tabous. Ça fait quand même un an ou deux que je ne vois plus ma famille en Turquie. Mes parents ne veulent pas que je les voie parce que j’ai beaucoup perdu de poids et ils ont pas envie qu’ils s’inquiètent. C’est pas une bonne image d’être malheureuse.

C’est compliqué d’être une femme turque j’ai l’impression qu’on a toujours besoin de se protéger. C’est une bataille continue. Tout est tellement basé sur le physique. Moi j’ai grandi avec un père qui me disait que je pourrais réussir juste parce que je suis jolie, que c’était un avantage pour moi. Ce qui est tellement pas vrai.

Ça a commencé à l’âge de mes 13 ans. J’ai fait de l’anorexie au début, j’ai complètement arrêté de manger. Ensuite je suis partie sur de la boulimie. Dans des situations de stress, de tristesse, la première chose qui me vient à l’esprit c’est d’aller manger. C’est une addiction, comme de la drogue. Et malheureusement ça crée cette relation avec n’importe quoi dans ta vie. Tu prends tout et après tu ressors tout. Tu prends en masse. Même quand tu t’amuses, tu fais n’importe quoi, tu prends tout et puis le lendemain c’est comme si tout était ressorti. Je sais pas comment l’expliquer.

Là ça va mieux, mais ça fait six ans que je me bats avec ça et c’est assez compliqué. L’anorexie et la boulimie ça rend les gens dépendants et c’est quelque chose qui te fait ne pas grandir. C’est un peu cette peur de devoir prendre des responsabilités. Tu le fais pas consciemment, mais c’est ce qui se passe dans ta tête. Mais si on me l’avait pas dit je l’aurais jamais découvert. Le fait de pas vouloir forcément avoir un corps de femme, c’est complètement lié à ça. C’est un peu cette peur de devenir une femme.

J’aimerais pouvoir reconsolider ce vide en moi à la place de le nourrir avec de la drogue, de l’alcool, de la nourriture. C’est ce que j’aimerais le plus. C’est faisable, c’est juste que ça fait peur. C’est des habitudes que tu prends, c’est ce que je connais, je ne connais rien d’autre. »

(Jardin Anglais)

Publié le: 13 septembre 2020

« J’ai eu une éducation turque, et j’ai grandi en Europe. Ça a toujours été compliqué, j’ai eu beaucoup de restrictions. Dans la culture orientale la famille c’est très important et beaucoup de sujets sont assez tabous. Ça fait quand même un an ou deux que je ne vois plus ma famille en Turquie. Mes parents ne veulent pas que je les voie parce que j’ai beaucoup perdu de poids et ils ont pas envie qu’ils s’inquiètent. C’est pas une bonne image d’être malheureuse.

C’est compliqué d’être une femme turque j’ai l’impression qu’on a toujours besoin de se protéger. C’est une bataille continue. Tout est tellement basé sur le physique. Moi j’ai grandi avec un père qui me disait que je pourrais réussir juste parce que je suis jolie, que c’était un avantage pour moi. Ce qui est tellement pas vrai.

Ça a commencé à l’âge de mes 13 ans. J’ai fait de l’anorexie au début, j’ai complètement arrêté de manger. Ensuite je suis partie sur de la boulimie. Dans des situations de stress, de tristesse, la première chose qui me vient à l’esprit c’est d’aller manger. C’est une addiction, comme de la drogue. Et malheureusement ça crée cette relation avec n’importe quoi dans ta vie. Tu prends tout et après tu ressors tout. Tu prends en masse. Même quand tu t’amuses, tu fais n’importe quoi, tu prends tout et puis le lendemain c’est comme si tout était ressorti. Je sais pas comment l’expliquer.

Là ça va mieux, mais ça fait six ans que je me bats avec ça et c’est assez compliqué. L’anorexie et la boulimie ça rend les gens dépendants et c’est quelque chose qui te fait ne pas grandir. C’est un peu cette peur de devoir prendre des responsabilités. Tu le fais pas consciemment, mais c’est ce qui se passe dans ta tête. Mais si on me l’avait pas dit je l’aurais jamais découvert. Le fait de pas vouloir forcément avoir un corps de femme, c’est complètement lié à ça. C’est un peu cette peur de devenir une femme.

J’aimerais pouvoir reconsolider ce vide en moi à la place de le nourrir avec de la drogue, de l’alcool, de la nourriture. C’est ce que j’aimerais le plus. C’est faisable, c’est juste que ça fait peur. C’est des habitudes que tu prends, c’est ce que je connais, je ne connais rien d’autre. »

(Jardin Anglais)

Publié le: 13 septembre 2020